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Une Traviata intimiste très réussie par l’Opéra Royal de Wallonie

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Liège. Opéra Royal de Wallonie. 19 et 20-III-2021. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après la Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils. Mise en espace et lumières : Gianni Santucci. Costumes : Edoardo Sanchi et Kaat Tilley. Violetta Valéry : Patrizia Ciofi ; Alfredo Germont : Dmitry Korchak ; Giorgio Germont : Giovanni Meoni ; Flora Bervoix : Caroline de Mahieu ; Gaston de Letorières : Pierre Derhet; Barone Douphol : Roger Joakim ; Marchese d’Obigny : Samuel Namotte ; Annina : Julie Bailly ; Dottore Grenvil : Alexei Gorbatchev ; Giuseppe : Marcel Arpots ; Il commisionario : Marc Tisons ; Il servo : Bernard Aty Monga Ngoy. Choeurs de l’Opéra Royal de Wallonie, direction Denis Segond. Orchestre symphonique de l’Opéra Royal de wallonie, Speranza Scappucci, direction
Concert enregistré sans public et diffusé sur le site de l’Opéra

L’Opéra Royal de Wallonie diffuse ces jours-ci en streaming une Traviata en version semi-scénique. Cette production supervisée par permet de retrouver trois solistes prestigieux dans les rôles principaux, et pour les rôles secondaires de nombreux artistes résidents belges réduits au silence depuis plus d’un an.

La maison liégeoise a été durement touchée cette saison, à la fois par la recrudescence de l’interminable deuxième vague de la pandémie qui a dicté l’annulation de toutes les productions depuis octobre, et par la brutale disparation de son directeur artistique, , emporté en ce début d’année et en quelques semaines par un cancer foudroyant.

Après un concert « in memoriam » en streaming de belle tenue, l’opéra mosan programme toujours en streaming en lieu et place de I Lombardi initialement programmé, cette belle Traviata, imprévue mais pleinement assumée, rendant un dernier coup de chapeau plus discret à son défunt patron.

repart en effet de la dramaturgie et de la scénographie dues au feu directeur en 2009, mais la ramène à l’essentiel. L’orchestre ainsi que les principaux protagonistes, limités dans leur jeu théâtral, sont sur scène, les chœurs – masqués et respectueux de la distanciation physique – au parterre. Outre quelques éléments de décor à portée symbolique (la table de jeu, celle du banquet, quelques poupées éparses renvoyant Violetta à ses souvenirs d’antan, ou bien entendu, ce lit où s’éteint l’héroïne au troisième acte), l’ambiance nostalgique, nimbée de très subtils et impalpables éclairages est globalement assurée par la projection en toile de fond d’images inédites fixant l’imaginaire du spectateur et matérialisant les lieux et la trame de l’opéra. Le Paris romantique est largement évoqué par les costumes d’époque ; en quelque sorte le drame demeure à la fois quintessencié par cette mise en espace tenant de l’épure, et palpable, universel et intemporel par la simplicité désarmante mais efficace des moyens déployés.

, dans un de ses rôles fétiches, incarne une Violetta toujours aussi poignante et véridique avec des moyens vocaux quasi intacts depuis vingt ans (on se souvient entre autres de la juvénile captation vidéo à la Fenice sous la direction de Lorin Maazel) : la prima donna offre au personnage un aplomb psychologique, celui d’une femme debout qui veut encore être après avoir été ; elle en brosse le portrait par petites touches, d’une terrible nostalgie face au temps parcouru et aux ravages de la maladie ou de la misère, depuis la pétillance de son Sempre libera au premier acte jusqu’à la morbidezza ambiante tout au long du troisième acte : aux ultimes secondes de l’œuvre, sa soudaine raucité comme venue d’outre-tombe pétrifiera tout spectateur sensible, malgré la distance du streaming.

Dmitri Korchak est presque trop splendide en Alfredo. D’une agilité sans pareille dans l’aigu et d’un timbre mordoré irrésistible, mais peut-être un rien trop lisse et univoque dans son incarnation, il est souvent d’une élégante prestance même s’il lui manque cette impulsivité presque animale ou cette jalousie féroce et dévastatrice, lors du Bal chez Laura.
Le père Germont de tient de l’idéale composition. Cet authentique baryton-Verdi à l’aigu facile et au timbre plus clair qu’à l’accoutumée pour ce rôle, tente une approche plus ambiguë et sensible du personnage, loin de toute attitude caricaturale falotement notariale ou doctement cornélienne. Il ne nous épargne aucune des fêlures, aucun des dilemmes hantant le personnage au fil d’une prestation impeccable.

Le reste de la distribution est irréprochablement confiée à des artistes belges ou résidents en Belgique, dont de nombreux habitués aux rôles secondaires au fil des diverses productions de l’Opéra Royal. On distinguera en particulier la piquante de Caroline de Mahieu ou le baron Douphol d’une irrépressible morgue contenue de .

Reste à évoquer la direction de qui nous a semblé par moment problématique. Si l’on ne peut être que subjugué par les demi-teintes qu’elle obtient de son orchestre dès le prélude du premier acte, ou par le cisèlement détaillé du « huis-clos à trois » du premier tableau du deuxième, ou encore par l’oppressante ambiance générée lors de toute la scène finale de l’œuvre, nous demeurons plus perplexe face à l’agitation un brin stérile des scènes de fête chez Violetta ou Laura. La battue se veut alors carrée et preste : mais la cheffe confond vitesse et précipitation, allégresse et confusion… On ne peut dès lors que déplorer pas mal de (minimes) décalages à l’orchestre, une certaine anarchie au sein des chœurs – il est vrai dirigés à distance respectable et éclatés par la force des choses. Et surtout des tempi, à ce point rapides, qu’ils empêchent la respiration naturelle de la musique (le Brindisi tourne un peu au flon-flon) et la pose correcte et bien temporisée des ornements belcantistes pour les solistes. Cette dichotomie entre intimité douloureuse et liesse de parade nous a semblé un peu forcée et prosaïque, seul petit bémol à cette production par ailleurs très réussie.

Crédits photographiques : © Opéra Royal de Wallonie-Liège

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Liège. Opéra Royal de Wallonie. 19 et 20-III-2021. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après la Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils. Mise en espace et lumières : Gianni Santucci. Costumes : Edoardo Sanchi et Kaat Tilley. Violetta Valéry : Patrizia Ciofi ; Alfredo Germont : Dmitry Korchak ; Giorgio Germont : Giovanni Meoni ; Flora Bervoix : Caroline de Mahieu ; Gaston de Letorières : Pierre Derhet; Barone Douphol : Roger Joakim ; Marchese d’Obigny : Samuel Namotte ; Annina : Julie Bailly ; Dottore Grenvil : Alexei Gorbatchev ; Giuseppe : Marcel Arpots ; Il commisionario : Marc Tisons ; Il servo : Bernard Aty Monga Ngoy. Choeurs de l’Opéra Royal de Wallonie, direction Denis Segond. Orchestre symphonique de l’Opéra Royal de wallonie, Speranza Scappucci, direction
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