Festivals, La Scène, Opéra, Opéras

Wagner à Munich pour une fin de règne

Plus de détails

Munich. Nationaltheater. 7-VII-2021. Richard Wagner (1813-1883) : Der Fliegende Holländer, opéra en trois tableaux. Mise en scène : Peter Konwitschny. Décors et costumes : Johannes Leiacker. Avec : Ain Anger, Daland ; Anja Kampe, Senta ; Tomislav Mužek, Erik ; Tanja Ariane Baumgartner, Mary ; Manuel Günther, Le timonier ; Tomasz Konieczny, Le Hollandais. Chœur de l’Opéra de Bavière. Orchestre national de Bavière, direction : Simone Young

Munich. Nationaltheater. 11-VII-2021. Richard Wagner : Tannhäuser, opéra romantique en trois actes. Mise en scène, décors, costumes : Romeo Castellucci. Avec : Georg Zeppenfeld, Hermann, Landgrave de Thuringe ; Klaus Florian Vogt, Tannhäuser ; Simon Keenlyside, Wolfram von Eschenbach ; Dean Power, Walther von der Vogelweide ; Andreas Bauer Kanabas, Biterolf ; Ulrich Reß, Heinrich der Schreiber ; Martin Snell, Reinmar von Zweter ; Lise Davidsen, Elisabeth ; Elena Pankratova, Venus ; Sarah Gilford, Un jeune pâtre. Chœur de l’Opéra de Bavière. Orchestre national de Bavière, direction : Asher Fisch

Deux productions marquantes du répertoire de l’Opéra de Bavière viennent rappeler, dans des distributions inégales, la place unique de Munich dans le firmament wagnérien.

Pour finir son mandat à la tête de l’Opéra de Munich, Nikolaus Bachler a voulu frapper un grand coup, et comment marquer une césure dans cette maison mieux qu’en mettant Wagner à l’honneur ? Il peut s’estimer chanceux que ce festival ait pu avoir lieu en ces temps pandémiques, mais la chance n’est pas entièrement de son côté : non seulement le Tristan qui couronne cette saison n’est pas à la hauteur de nos attentes, mais les circonstances ne sont pas avec lui. Un Or du Rhin que nous n’avons pu voir devait voir Valery Gergiev faire son retour dans la fosse du Nationaltheater ; d’ultimes Maîtres chanteurs avec Kirill Petrenko ont dû être tout simplement annulés.

Dans Le Vaisseau fantôme, Bryn Terfel n’a pu se rendre à Munich ; qui le remplace a la voix corsée d’un Alberich, qui donne une tonalité particulièrement grave à son personnage, un peu au détriment de son humanité. Le plus passionnant de la soirée est dans la mise en scène de , créée en 2006 et donnée plus d’une cinquantaine de fois depuis. Le premier acte se déroule dans un décor comme on pouvait en voir à l’époque de la création, en pur carton-pâte. Mais le regard est vite perturbé par des incohérences visuelles : l’équipage du vaisseau fantôme a les costumes et les chapeaux sombres des tableaux hollandais du siècle d’or, mais les passerelles des bateaux sont du plus contemporain métal. L’ange, souvent invoqué dans le livret, est incarné par une jeune femme au sourire fréquemment ironique, qui ne laisse pas beaucoup d’illusions sur ce fantasme masculin du salut par la Femme si cher à Wagner et si désuet.

Le deuxième tableau s’ouvre sur une rupture de style apparente : au lieu de coudre leur trousseau, les jeunes filles s’escriment dans une salle de sport aseptisée et sinistre. Les vélos d’appartement sont ici montrés comme des instruments de contrainte et de standardisation des corps, en écho avec des photos peu vêtues de beautés masculines tout aussi stéréotypées. L’image est aussi pertinente que saisissante. chante Senta, tout comme à la création, et elle ne convainc qu’à moitié : le timbre est beau, la puissance est présente, mais ni le personnage, ni l’émotion n’émergent. On lui préfère largement la chaleureuse Mary de et l’Erik élégant et très musical de , et même un Daland () somme toute efficace.

Toute cette histoire finit mal : Senta fait exploser le double monde faux, celui d’une société fermée aux histoires singulières comme celui du mythe suranné. On n’entend l’orchestre, dans les dernières mesures, que par un lointain haut parleur : Konwitschny ne peut croire à la rédemption, et ce spectacle de très haut vol expose avec éclat ses arguments. L’orchestre, du reste, on a bien eu l’occasion de l’entendre : la direction de Simone Young a une efficacité dramatique certaine, et la formation n’a pas perdu ses bonnes habitudes wagnériennes pendant les longs mois de fermeture.


Dans Tannhäuser, les changements sont plus lourds encore. En fosse, Asher Fisch remplace Hartmut Haenchen lui-même remplaçant de Simone Young, remplace Daniela Sindram en Venus et Christian Gerhaher cède Wolfram à . La mise en scène de , créée en 2017, reste elle bien en place, même si Tobias Kratzer, avec son décapant spectacle de Bayreuth, a terriblement ringardisé cette débauche de symbolisme à hautes prétentions métaphysiques. , et Klaus Florian Vogt étaient déjà présents en 2017, et ce dernier a perdu beaucoup d’allant. , venu en remplaçant, convainc par les mots, mais la voix a perdu beaucoup de chair, de chaleur dans un rôle qui a besoin des deux.

, elle, est bien là, fort heureusement, singulière force de la nature, qui convainc moins par la beauté du timbre que par une présence scénique et vocale proprement sculpturale. Pour ne rien gâter, Asher Fisch se tire mieux qu’on aurait pu le craindre : très présent pendant toute l’ère Bachler et rarement très apprécié du public, il propose ici une direction de bonne tenue ; les grands effets et les décibels ne sont pas toujours dispensés avec mesure, les finales d’acte sont confus, mais les chanteurs semblent bien soutenus, le discours musical avance, et l’orchestre n’a pas perdu les beautés que Petrenko avait su lui tirer lors de la création de cette production.

On a vu des représentations wagnériennes plus enthousiasmantes à Munich, mais une telle maison se juge aussi par le niveau de ses représentations de répertoire : une routine à ce niveau, c’est une performance.

Crédits photographiques : © Wilfried Hösl

(Visited 647 times, 3 visits today)

Plus de détails

Munich. Nationaltheater. 7-VII-2021. Richard Wagner (1813-1883) : Der Fliegende Holländer, opéra en trois tableaux. Mise en scène : Peter Konwitschny. Décors et costumes : Johannes Leiacker. Avec : Ain Anger, Daland ; Anja Kampe, Senta ; Tomislav Mužek, Erik ; Tanja Ariane Baumgartner, Mary ; Manuel Günther, Le timonier ; Tomasz Konieczny, Le Hollandais. Chœur de l’Opéra de Bavière. Orchestre national de Bavière, direction : Simone Young

Munich. Nationaltheater. 11-VII-2021. Richard Wagner : Tannhäuser, opéra romantique en trois actes. Mise en scène, décors, costumes : Romeo Castellucci. Avec : Georg Zeppenfeld, Hermann, Landgrave de Thuringe ; Klaus Florian Vogt, Tannhäuser ; Simon Keenlyside, Wolfram von Eschenbach ; Dean Power, Walther von der Vogelweide ; Andreas Bauer Kanabas, Biterolf ; Ulrich Reß, Heinrich der Schreiber ; Martin Snell, Reinmar von Zweter ; Lise Davidsen, Elisabeth ; Elena Pankratova, Venus ; Sarah Gilford, Un jeune pâtre. Chœur de l’Opéra de Bavière. Orchestre national de Bavière, direction : Asher Fisch

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.