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L’Ange de feu de Prokofiev à l’hôpital psychiatrique

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Sergueï Prokofiev (1891-1953) : L’Ange de feu, opéra en cinq actes sur un livret du compositeur adapté du roman éponyme de Valéry Brioussov. Mise en scène : Andrea Breth. Décors : Martin Zehetgruber. Costumes : Carla Teti. Lumières : Alexander Koppelmann. Avec : Aušrinė Stundytė, soprano (Renata) ; Bo Skovhus, baryton (Ruprecht) ; Natacha Petrinsky, mezzo-soprano (La Patronne de l’auberge / La Mère supérieure) ; Elena Zaremba, mezzo-soprano (La Diseuse de bonne aventure) ; Nikolai Schukoff, ténor (Agrippa von Nettesheim / Méphistophélès) ; Alexeï Tikhomirov, basse (L’Inquisiteur) ; Markus Butter, baryton (Mathias / Faust) ; Andrew Owens, ténor (Jakob Glock / Un Médecin) ; Kristján Jóhannesson, ténor (Le Cabaretier / Le Garçon d’auberge) ; Arnold Schönberg Chor (chef de chœur : Erwin Ortner) ; Orchestre symphonique de la radio de Vienne, direction : Constantin Trinks. 1 Blu-Ray Unitel Edition. Enregistré sur le vif en mars 2021 au Theater an der Wien. Réalisation : Tiziano Mancini. Sous-titres : allemand, anglais, coréen et japonais. Notice de présentation en anglais, allemand et français. Durée : 124:00

 

Mise en scène riche et stimulante de la part d’ et distribution de haute volée pour L’Ange de feu de Prokofiev. Que ceux qui ne croyaient pas à cet ouvrage se précipitent sur cette très attrayante parution.

En dépit des difficultés qu’il eut à s’imposer sur les scènes, on ne doute plus, à notre époque, des qualités dramatiques du quatrième opéra de Prokofiev. Sur un argument d’une portée universelle et d’une actualité toujours brûlante, le compositeur russe a écrit une musique d’une réelle beauté sonore, dont certains extraits se donnent d’ailleurs à entendre dans la plus célèbre Troisième symphonie. Sans doute est-ce la nature essentiellement symphonique de cette partition, qui repose sur une déclamation continue et ne comprend aucun air ou ensemble lyrique à proprement parler, qui explique les difficultés qu’elle a eues à trouver sa place dans la programmation de nos théâtres. Il n’est en tout cas pas étonnant, vu la densité de l’action et le potentiel théâtral de l’œuvre, que les grands metteurs en scène de notre temps – Benedict Andrews, David Freeman, Richard Jones, Barrie Kosky, Mariusz Treliński – s’y soient tour à tour intéressés.

Le présent Blu-ray nous invite à découvrir la production proposée en mars 2021 au Theater an der Wien, quelques semaines avant la réouverture des théâtres. Le contexte particulier du confinement lié à la pandémie apparue en 2020 donne un nouvel éclairage au spectacle conçu par la metteuse en scène , dont on connait l’intérêt pour la thématique de l’enfermement et de l’incarcération. Loin d’évoquer le contexte médiéval des aventures de l’énigmatique Renata et du chevalier Ruprecht, la scène représente un asile psychiatrique dans lequel se retrouvent les uns après les autres les personnages du drame. À l’auberge où est censé s’arrêter Ruprecht se substitue un lugubre dortoir, la patronne apparaissant sous les traits d’une infirmière prête à lui administrer une piqûre lénifiante. Dans un décor uniformément gris et savamment architecturé, surgissent une galerie de personnages en pleine déroute, tous livrés à eux-mêmes. Renata elle-même, un nounours dans ses bras, apparaît comme un personnage désorienté qui parvient à entraîner Ruprecht dans le labyrinthe confus de ses pensées, de ses rêves et de ses fantasmes. C’est sous les traits d’un psychomotricien de l’établissement que prend corps le savant Agrippa, que l’on retrouve ensuite en Méphistophélès. Au dernier acte, l’Inquisiteur chargé de la possession diabolique des religieuses prend les traits et le costume du directeur de l’hôpital, également compositeur de musique. Deux anges finissent par traverser le plateau, l’un arborant des ailes blanches et l’autre des ailes noires, la vision finale de l’opéra montrant Renata sommairement exécutée en lieu et place de la condamnation au bûcher de la version originale. Tout dans cette mise en scène, il faut bien en convenir, n’est pas de la plus grande limpidité, mais il y a une réelle cohérence dans cet assemblage de portraits de créatures déshumanisées, dans cette série d’images apparemment déjantées qui finissent par composer un ensemble poignant, déroutant et angoissant, tout en laissant la place à une forme d’humour décalé d’une certaine manière rafraichissant.

Les interprètes réunis par le Theater an der Wien impressionnent tous par leur investissement vocal et dramatique. Le plateau est dominé par la figure omniprésente de Renata, confié à la soprano lituanienne , déjà l’interprète du rôle à Aix-en-Provence en 2018. Son chant un peu fruste est largement compensé par la vaillance et l’endurance dont elle fait preuve à tout moment. , en revanche, est un Ruprecht d’une profonde humanité, en empathie permanente avec la femme dont, pour son malheur, il s’est amouraché. Parmi les belles prestations vocales, notons également le contralto somptueux d’ en Diseuse de bonne aventure, ainsi que la basse d’Alexeï Tikhomirov, très à son aise dans le rôle de l’Inquisiteur. On ne pourra pas non plus oublier le ténor Nikolaï Schukoff, à la fois inquiétant et comique en Agrippa et en Méphistophélès, ni d’ailleurs l’alto de , très bien chantante en Aubergiste et en Abbesse. À la tête de l’Arnold Schönberg Chor et de l’Orchestre symphonique de la radio de Vienne, se montre parfaitement en mesure de faire face aux exigences redoutables d’une partition qui fait la part belle à l’orchestre, et dont il sait fort efficacement souligner les multiples tensions musicales et dramatiques. Un opéra pas facile, assurément, mais auquel cette mise en scène efficace et inventive redonne tout son lustre.

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Sergueï Prokofiev (1891-1953) : L’Ange de feu, opéra en cinq actes sur un livret du compositeur adapté du roman éponyme de Valéry Brioussov. Mise en scène : Andrea Breth. Décors : Martin Zehetgruber. Costumes : Carla Teti. Lumières : Alexander Koppelmann. Avec : Aušrinė Stundytė, soprano (Renata) ; Bo Skovhus, baryton (Ruprecht) ; Natacha Petrinsky, mezzo-soprano (La Patronne de l’auberge / La Mère supérieure) ; Elena Zaremba, mezzo-soprano (La Diseuse de bonne aventure) ; Nikolai Schukoff, ténor (Agrippa von Nettesheim / Méphistophélès) ; Alexeï Tikhomirov, basse (L’Inquisiteur) ; Markus Butter, baryton (Mathias / Faust) ; Andrew Owens, ténor (Jakob Glock / Un Médecin) ; Kristján Jóhannesson, ténor (Le Cabaretier / Le Garçon d’auberge) ; Arnold Schönberg Chor (chef de chœur : Erwin Ortner) ; Orchestre symphonique de la radio de Vienne, direction : Constantin Trinks. 1 Blu-Ray Unitel Edition. Enregistré sur le vif en mars 2021 au Theater an der Wien. Réalisation : Tiziano Mancini. Sous-titres : allemand, anglais, coréen et japonais. Notice de présentation en anglais, allemand et français. Durée : 124:00

 
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