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Sonntag aus Licht de Stockhausen par Le Balcon à la Philharmonie de Paris

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Paris. Philharmonie de Paris-Cité de la Musique. Grande Salle Pierre Boulez. 16-XI-2023. Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Sonntag aus Licht. Mise en espace : Ted Huffman. Projection sonore : Florent Derex, Julien Aléonard. Réalisation informatique musicale : Augustin Muller, Romain Vuillet. Lumières : Bertrand Couderc. Vidéos : Pierre Martin-Oriol. Costumes : Pascale Lavandier. Accessoires : Marguerite Lantz. Collaboration au mouvement : Jenny Ogilvie. Alphonse Cemin, Bianca Chillemi, Chae-Um Kim, chefs de chant. Le 16 : Scènes 1-2. Avec : Michiko Takahashi, soprano ; Marie Picaut, soprano ; Emmanuelle Monier, mezzo-soprano ; Hubert Mayer, ténor ; Josue Miranda, ténor ; Florent Baffi, basse ; Haga Ratovo, synthétiseur. Le 20 : Scènes 3-5 : Avec : Jenny Daviet, soprano ; Pia Davila, soprano ; Léa Trommenschlager, mezzo ; Hubert Mayer, ténor ; Safir Behloul, ténor ; Damien Pass, basse ; Antoin Herrera-López Kessel, basse ; Aurélien Segarra, l’enfant ; Julie Brunet-Jailly, flûte ; Alice Caubit, cor de basset ; Henri Deléger, trompette ; Sarah Kim, synthétiseur. Le Balcon ; Orchestre de chambre de Paris ; Orchestre du Conservatoire de Paris ; Chœur Stella Maris ; Maîtrise de Paris du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris, (Chefs de chœur : Olivier Bardot, Gisèle Delgoulet, Zoé Fouray, Pierre-Louis de Laporte, Lucie Rueda, Titouan Sevic), direction musicale, mise en espace : Maxime Pascal

Paris. Philharmonie de Paris- Cité de la musique – Grande salle Pierre Boulez 20-XI-2023. Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Sonntag aus Licht ; Scène 3 : Licht-Bilder ; scène 4 : Düfte-Zeichen ; scène 5 : Hoch-Zeiten für Chor et Hoch-Zeiten für Orchester.
Hubert Mayer, ténor ; Alice Caubit, cor de basset ; Julie Brunet-Jailly, flûte ; Henri Deléger, trompette ; Augustin Muller, modulation en anneaux (scène 3). Jenny Daviet, Pia Davila Chacon, sopranos ; Léa Trommenschlager, alto ; Hubert Mayer, Safir Behloul, ténor ; Damien Pass, Antoin Herrera-López Kessel, basses ; Aurélien Segarra, enfant chanteur ; Sueño : cheval ; Sarah Kim, synthétiseur (scène 4).
Claire Luquiens, flûte ; Quentin d’Haussy, hautbois ; Ghislain Roffat, Iris Zerdoud, clarinette ; Julien Abbes, basson ; Matthias Champon, trompette et bugle ; Lucas Ounissi, trombone ; Valentin Broucke, violon ; Elsa Seger, alto ; Clotilde Lacroix, violoncelle (scène 5).
Le Balcon ; Orchestre de chambre de Paris ; Académie du CNSMD de Paris ; La Maîtrise de Paris (CRR); chœur Stella Maris. Mise en espace, Ted Huffman, Maxime Pascal, d’après les indications de Karlheinz Stockhausen ; Direction musicale : Maxime Pascal

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Sonntag poursuit la présentation française du cycle Licht de débutée en 2018 par et son ensemble Le Balcon. 

Après Samstag (samedi) en 2019, Dienstag (mardi) en 2020, les actes I et II de Donnerstag (jeudi) en 2020 , Freitag (vendredi) en 2022 et Sonntag (dimanche cette année), l'ensemble Le Balcon fera encore découvrir au public parisien Montag (lundi) et Mittwoch (mercredi) en 2025 et 2026.

Composé entre 1998 et 2003, l'ouvrage n'a été créé qu'en 2011 à Cologne, quatre ans après le décès du compositeur. Dédié à Dieu, Sonntag aus Licht (Dimanche de lumière) referme le cycle des « années lumière » débuté en 1977 par Stockhausen. L'œuvre synthétise d'une certaine manière les sept journées de Licht et consacre l'union mystique de la mère cosmique Ève et du souverain de l'univers Michaël. Elle est la plus longue des sept (programmée sur deux soirées à la Philharmonie) et réclame également les moyens les plus importants : orchestres et chœurs, solistes et support visuel. Si les deux premières scènes sont données dans la Salle des concerts de la Cité de la musique, configurée selon les vœux du compositeur, les scènes 3, 4 et 5 investissent à la fois la Grande salle Pierre Boulez et la Salle des concerts, Hoch-Zeiten (littéralement Temps élevés) qui termine la Journée (scène 5) étant jouée simultanément dans les deux lieux.

Scènes 1 et 2

Encore très peu joué, l'opéra n'offre pas tous ses prismes et donc toute leur liberté aux exécutants, tout au moins dans les scènes 1 et 2, présentées deux fois à la Cité de la Musique, quelques jours avant la présentation de la partie restante de l'œuvre en un unique soir à la Philharmonie. Alors, et se sont accordés pour respecter scrupuleusement les indications du compositeur pour la première partie, avec un public placé au parterre en huit triangles, orientés vers le centre pour former une étoile, dans laquelle évoluent tous les musiciens. Introduit par le synthétiseur d'Haga Ratovo, encore très mis en avant à un autre moment pour un long solo, l'opéra débute avec Michaël et Ève, respectivement tenus par le ténor d'une grande souplesse , et par l'impressionnante soprano Michiko Takahashi, d'un chant droit jamais trop tendu, malgré la difficulté de ses parties. Par la suite viennent s'agréger dix-sept et douze musiciens du Balcon et de l' pour seconder par des notes uniques ou de courtes cellules les formules des deux protagonistes, présentées lors des journées postérieures du cycle.



À la Scène 2, coordonne toujours les intervenants, mais ne monte sur scène (en robe noire) que pour diriger un court moment, afin d'accorder sept groupes de choristes et un effectif de quatre solistes a capella. Extrêmement mystique, cette scène nous plonge presque dans une approche sectaire de la musique de Stockhausen, auquel on pourrait même trouver un penchant risible, si l'on n'était plongé dans la proposition par la qualité de l'écriture et de la réalisation. Aussi parfaitement préparés que les instrumentistes de la Scène I, les groupes d'Anges du Balcon chantent la Scène II en formant des processions dans les allées étoilées du parterre de la Cité, tandis que sur les quatre côtés du balcon se placent des chanteurs du , pour créer un tutti choral. Groupe le plus sollicité, les Anges de joie au nombre de quatre mettent en avant la basse Florent Baffi, la soprano Marie Picaut, la mezzo Emmanuelle Monier et le ténor Josue Miranda, sans tenir compte du fait que la soprano et le ténor sont normalement prévus pour Michaël et Ève de la Scène I. Par leurs chants en allemand, anglais, hindi, chinois, espagnol, arabe ou swahili, les groupes parviennent à plonger le public dans la ferveur de la dernière écriture du compositeur, et faire regretter que les scènes suivantes ne soient pas proposées lors d'une seule soirée, jusqu'aux tréfonds de la nuit. (VG)

Scènes 3, 4 et 5 : l'union mystique

Litanie de lumière

Intitulée Licht-Bilder (Lumière-Images), la scène 3 convoque les deux figures d'Ève et de Michaël sous la forme de deux duos : ténor et trompette d'une part pour Michaël, cor de basset et flûte d'autre part, pour Ève. Flûte et trompette sont soumises aux effets du modulateur en anneau ( aux manettes) qui en dédouble à son tour les fréquences. La performance est bluffante et la musique toujours très inspirée, liant dans un même matériau voix et instruments avec inflexions et ornementation inouïes. Le texte, qui passe par la voix du ténor (éblouissant Hubert Layer) est un chant de louange de l'être à son créateur, une énumération exubérante (elle dure près d'une heure !) de toutes les représentations terrestres autant que célestes, illustrées d'abord sur l'écran par une vidéo en noir et blanc puis des dessins enfantins qui ravivent les couleurs sur la toile. Comme l'a toujours exigé le compositeur, les interprètes tout de blanc vêtus (épatants Alice Caubit, Julie Brunet-Jailly et Henri Deléger) jouent et chantent par cœur, tout en se déplaçant continuellement suivant les gestes et conduites indiqués sur la partition.

Une mystique privée

Plus statique et codifiée, à travers couleurs, signes et gestes, la scène 4, Düfte-Zeichen (Parfums-Signes) est à dominante vocale, six chanteurs en solo, duos et trios accompagnés a minima par le synthétiseur de Sarah Kim. Stockhausen y célèbre l'union des sens, ouïe, vue et odorat, avec sept parfums que font brûler devant eux les chanteurs. Deux hôtesses déambulent dans les allées du public pour y répandre l'encens, parfum réservé au jour du dimanche. La scène bascule (temps étiré et vertical) avec l'arrivée, depuis les rangs du public, d'Ève-Marie (la contre-alto ) dont la voix invocante impressionne. Michaël vient la rejoindre sous les traits d'un enfant (le jeune Aurélien Segarra) : leur duo porté par la rumeur des six voix est une des très belles pages de l'opéra. Il est indiqué dans le synopsis qu'« un jeune garçon est emmené dans les airs par un cheval volant » : dans la mise en scène de , ce dernier ne fait que passer en fond de scène, bien vivant et dans la splendeur de sa crinière blanche !

Un duo à grande échelle

Tandis que l'orchestre s'installe (cinq sextuors instrumentaux en vis-à vis) sur le plateau de la Philharmonie pour l'exécution de la scène 5 (Hoch-Zeiten), le public des balcons est invité à se diriger vers la Salle des concerts pour écouter les cinq sextuors ou octuors vocaux qui y ont pris place, sachant que la musique de l'une des salles est retransmise, partiellement, dans l'autre et réciproquement : surimpression sonore et pluralité d'espace et de temps, voilà qui anime l'esprit visionnaire de notre compositeur ; car les cinq sextuors instrumentaux (l'académie du magnifiquement concentrée et ses cinq chefs) jouent chacun leur musique et à des tempi différents. La complexité polyphonique est du plus bel effet, sur-enrichie par les interventions des chœurs vus et entendus sur l'écran. Côté Cité de la musique, la version pour chœur (La Maîtrise de Paris, le et ses cinq chefs), célébrant l'amour et le mariage en cinq langues, est encore plus saisissante, rythmée par les percussions du rituel. Elle embrasse toute la richesse de la vocalité stockhausenienne tandis que s'entendent sur la toile et en vedette les somptueux duos et trios (solistes du Balcon) qui animent l'orchestre dans l'autre salle. Dans l'une comme dans l'autre, les cinq dernières minutes sont sous le contrôle d'un « super chef » (comme il y a, dans le matériau de Licht, une « super formule »). Ainsi Maxime Pascal, grand ordonnateur du tout, arrive-t-il dans l'allée centrale de la Philharmonie en robe blanche de derviche tourneur et gilet pailleté (rappelons que les costumes sont précisés sur la partition) pour reprendre en main l'ensemble des interprètes et les amener à s'unir, consacrant en quelque sorte le geste de communion appelé de ses vœux par le compositeur dans ce dimanche de lumière. (MT)

Crédits photographiques : © Denis Allard / Philharmonie de Paris

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Paris. Philharmonie de Paris-Cité de la Musique. Grande Salle Pierre Boulez. 16-XI-2023. Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Sonntag aus Licht. Mise en espace : Ted Huffman. Projection sonore : Florent Derex, Julien Aléonard. Réalisation informatique musicale : Augustin Muller, Romain Vuillet. Lumières : Bertrand Couderc. Vidéos : Pierre Martin-Oriol. Costumes : Pascale Lavandier. Accessoires : Marguerite Lantz. Collaboration au mouvement : Jenny Ogilvie. Alphonse Cemin, Bianca Chillemi, Chae-Um Kim, chefs de chant. Le 16 : Scènes 1-2. Avec : Michiko Takahashi, soprano ; Marie Picaut, soprano ; Emmanuelle Monier, mezzo-soprano ; Hubert Mayer, ténor ; Josue Miranda, ténor ; Florent Baffi, basse ; Haga Ratovo, synthétiseur. Le 20 : Scènes 3-5 : Avec : Jenny Daviet, soprano ; Pia Davila, soprano ; Léa Trommenschlager, mezzo ; Hubert Mayer, ténor ; Safir Behloul, ténor ; Damien Pass, basse ; Antoin Herrera-López Kessel, basse ; Aurélien Segarra, l’enfant ; Julie Brunet-Jailly, flûte ; Alice Caubit, cor de basset ; Henri Deléger, trompette ; Sarah Kim, synthétiseur. Le Balcon ; Orchestre de chambre de Paris ; Orchestre du Conservatoire de Paris ; Chœur Stella Maris ; Maîtrise de Paris du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris, (Chefs de chœur : Olivier Bardot, Gisèle Delgoulet, Zoé Fouray, Pierre-Louis de Laporte, Lucie Rueda, Titouan Sevic), direction musicale, mise en espace : Maxime Pascal

Paris. Philharmonie de Paris- Cité de la musique – Grande salle Pierre Boulez 20-XI-2023. Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Sonntag aus Licht ; Scène 3 : Licht-Bilder ; scène 4 : Düfte-Zeichen ; scène 5 : Hoch-Zeiten für Chor et Hoch-Zeiten für Orchester.
Hubert Mayer, ténor ; Alice Caubit, cor de basset ; Julie Brunet-Jailly, flûte ; Henri Deléger, trompette ; Augustin Muller, modulation en anneaux (scène 3). Jenny Daviet, Pia Davila Chacon, sopranos ; Léa Trommenschlager, alto ; Hubert Mayer, Safir Behloul, ténor ; Damien Pass, Antoin Herrera-López Kessel, basses ; Aurélien Segarra, enfant chanteur ; Sueño : cheval ; Sarah Kim, synthétiseur (scène 4).
Claire Luquiens, flûte ; Quentin d’Haussy, hautbois ; Ghislain Roffat, Iris Zerdoud, clarinette ; Julien Abbes, basson ; Matthias Champon, trompette et bugle ; Lucas Ounissi, trombone ; Valentin Broucke, violon ; Elsa Seger, alto ; Clotilde Lacroix, violoncelle (scène 5).
Le Balcon ; Orchestre de chambre de Paris ; Académie du CNSMD de Paris ; La Maîtrise de Paris (CRR); chœur Stella Maris. Mise en espace, Ted Huffman, Maxime Pascal, d’après les indications de Karlheinz Stockhausen ; Direction musicale : Maxime Pascal

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