Le corsaire Zampa pour une nouvelle exhumation romantique
Avec ce nouveau livre-disque, le Palazzetto Bru Zane s’empare naturellement de l’un des opéras-comiques les plus à succès du XIXe siècle.
Zampa ou la Fiancée de marbre de Ferdinand Hérold a déjà fait les honneurs de la scène en 2008 sur le théâtre qui l’a vu naître. William Christie y était à la tête de ses Arts Florissants sous l’impulsion du directeur de l’Opéra-Comique Jérôme Deschamps, metteur en scène pour l’occasion. Cette production inédite a d’ailleurs fait l’objet d’une « pantomime approximative » pour les enfants.
Ce 48ème volume des livres-disques de la collection « Opéra français » du label Bru Zane donne les mêmes satisfactions que ces prédécesseurs : l’exhumation musicale d’un ouvrage luxueux, un joli livre où plusieurs articles issus de plusieurs plumes introduisent l’œuvre, de belles illustrations, et la mise à disposition de l’intégralité du livret. Pour cet opéra-comique, les deux disques correspondent à l’enregistrement en live d’une version de concert enregistrée au Prinzregententheater de Munich en novembre 2025.
Zampa a connu tout de suite après sa création triomphante en 1831, un nombre particulièrement conséquent de reprises, en France comme à l’international. Un record… Et puis, plus rien. Et pourtant ! Ce mélange de lyrisme tragique et de comédie légère, agrémenté d’une pointe de fantastique avec une statue qui prend vie, en fait le premier opéra-comique de demi-caractère qui peut plaire à un large public. Influencée par Spontini, Gluck et Méhul selon des élans rossiniens, avec des faux airs de Don Giovanni pour son corsaire séducteur, Hérold propose une musique charmante multipliant couleurs et reliefs, mêlant agréablement airs virtuoses et moments dramatiques. Le Münchner Rundfunkorchester, sous la baguette d’Erik Nielsen, sait donner toute la verve héroïque à son propos, fort d’une richesse expressive séduisante. La netteté du son de cette phalange opulente est appréciable, laissant une place parfaite pour les voix. Dommage que la prise de son pour le Chor des Bayerischen Rundfunks ne soit pas aussi claire qu’espérée : le chant des choristes semble solide (Enfants de la Sicile) élégant et homogène (Aux pieds de la madone) mais les paroles chantées en français y sont incompréhensibles.
Un corsaire marquant
Le rôle de Zampa a été écrit pour un interprète bien particulier. Véritable phénomène à son époque, la voix de Jean-Baptiste Chollet (1798-1892) réunissait des qualités différentes que l’on ne retrouve plus que séparément chez les ténors et chez les barytons. Avec sa voix de tête éclatante et sonore, il fera naitre une nouvelle typologie de ténor : le baryténor dont Michael Spyres est aujourd’hui l’ambassadeur le plus emblématique. Rôle consacré en France par la suite pour les ténors , le baryton Léon Melchissédec (1843-1925), à la reprise de l’ouvrage sur la même scène à partir de 1873, fera faiblir cette tendance nationale, quelques barytons s’y étant essayés avant lui seulement en dehors de nos frontières. Pour cette nouvelle production, retour aux sources avec le choix du ténor Julien Henric. Le personnage de Zampa est particulièrement complet pour un héros d’opéra-comique : tour à tour terrible, passionné, sentimental, et empli d’une verve aimable. Heureusement, la « Révélation, artiste lyrique » des Victoires de la musique classique de l’année 2025 ne manque ni de vigueur quand elle est nécessaire, ni de nuance quand elle est utile, évoluant avec facilité dans toute la tessiture de ce rôle complexe.
Avec une distribution vocale entièrement francophone, la diction de la langue de Molière y est claire, avec des intonations théâtrales convaincantes pour chaque interprète lors des passages parlés. La tessiture est large également pour Hélène Carpentier (Camille) dont la voix se pare d’une belle agilité vocale, sachant s’exprimer toute en nuances dans de délicieux pianissmi. Sous les traits d’Alphonse, Cyrille Dubois sait émouvoir tout en démontrant la conviction nécessaire pour sortir sa bien-aimée de l’emprise du corsaire. Quant aux personnages comiques (Héloïse Mas pour Ritta, François Rougier pour Daniel et Pierre Derhet pour Dandolo) ils expriment tous, les uns autant que les autres, une espièglerie manifeste et un tempérament comique communicatif, matérialisé par un trio décapant (Ah !… ça… je puis le dire).
Si la démarche détient un intérêt musicologique certain, le corsaire Zampa fait feu de tout bois pour conquérir un public bien plus large qu’un auditeur averti.













