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Décoder les signes au festival Automne à Varsovie

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Varsovie. Festival Automne à Varsovie. 22 au 24-IX-2026
22-IX : Elena Rykova (née en 1991) : Quest #, pour 6-9 instruments chromatiques non spécifiés ; Barbara Zach (née en 1995) : Conocybe filaris, pour ensemble, sons fixés et vidéo ; Georges Aperghis (né en 1945) : Zig-Bang (extraits) ; Yana Shliabanska (née en 1994) : Divisi pour ensemble et électronique (CM) ; Jessie Marino (née en 1984) : YiQzljvluFQ, pour trois interprètes et vidéo ; Peter Ablinger (1959-2025) : Amtssee bei Regen, pour 3-8 voix ou instruments. Spółdzielnia Muzyczna (Coopérative musicale).
23-IX : 14h-19h : State Ethnographic Museum de Varsovie.
Trond Reinholdtsen (né en1972) : The Chosen Ones ; opéra norvégien ; Trond Reinholdtsen, Tobias Schülke, Øystein Hvamen Rasmussen, performers ; Tobias Schülke, Øystein Hvamen Rasmussen, costumes ; Marcin Mularz, projection du son.
23-IX : 19h : AMT Studio
Jeppe Ernst (né en 1985) : Cantus (Volume III) pour 10 exécutants ; Niels Rønsholdt (né en 1978) : Memoriam, pour mezzo-soprano, ténor, violon, alto, percussion et danseur. Textes de Niels Rønsholdt. Ensemble Scenatet ; Maria Kaae Schmidt, danseuse.
23-IX : 22h30 : Komuna Warszawa Theatre : Alexander Schubert (né en 1979) : No future, pour trois performers (CM). Aleksandra Gołaj, percussion, voix ; Rafat Łuc, accordéon, voix ; Jacek Sotomski, basse électrique, synthétiseur, voix.
24-IX : Nowa Miodowa – Concert Hall : Tadeusz Wielecki (né en 1954) : How should I put it…, radio drama pour soprano, 2 acteurs, orchestre de chambre et électronique. Agata Zubel, soprano ; Matylda Damiẹcka et Tomasz Nosiński, acteurs ; Ensemble OMN ; direction Szymon Bywalec.

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Pour sa 69ᵉ édition, le Festival d’Automne à Varsovie emmené par son directeur Jerzy Kornowicz propose une immersion autour de la thématique des signes, une réflexion multidisciplinaire qui associe intimement la musique instrumentale et électronique au théâtre, à la performance, aux installations multimédias, au cinéma et à la chorégraphie, investissant de nombreux lieux culturels de la ville.

Concert au studio Witold Lutosławski de la Radio polonaise

Filant de près la thématique, Spółdzielnia Muzyczna (Coopérative musicale), l’un des meilleurs ensembles polonais dédiés à la musique de création (déjà récompensé par le Prix Ernst von Siemens) a concocté un programme original et de haute tenue où les signes sont à déchiffrer derrière les structures musicales. De la compositrice russe , Quest # (2013) est une « partition ouverte » pour 6 à 9 instruments non spécifiés où la marge de liberté laissée aux interprètes met en scène le geste et la couleur au sein d’un espace mouvant où interagit l’écoute mutuelle. Conocybe filaris, pour ensemble, sons fixés et vidéo, de la Polonaise Barbara Zach est la troisième pièce de la compositrice s’intéressant aux variétés de champignons : à voir et à entendre dans un dosage fin entre le flux des images et leur environnement instrumental, qui maintient la tension de l’écoute. Si Divisi pour ensemble et électronique de l’Ukrainienne questionne la présence et l’identité de l’interprète sur scène, la pièce de Jessie Marino, avec son titre en mode code barre, YiQzljvluFQ, reprend le concept de « Musique de table » de Thierry de Mey mais en modifie le support ; les trois musiciens performent sur la peau d’une timbale amplifiée. Le jeu est capté en live par une caméra qui projette sur grand écran l’image du ballet des mains sur la peau : un langage secret à décrypter, rehaussé de sonneries (signaux) qui résonnent au mitan de la pièce.

Les instruments s’accordent puis amorcent les quelques notes d’un thème qui s’interrompt   dans Amtssee bei Reigen (« Amtssee sous la pluie ») du regretté Peter Ablinger : les quelques touches sonores qui colorent le silence sont une réponse à la surcharge informationnelle et au bruit de notre temps. Les interventions instrumentales sont de plus en plus espacées ; c’est le public qui met fin à la pièce par ses applaudissements.

En guise d’entracte, le théâtre musical de déplace le public dans le hall d’entrée. Zig-Bang (2004) est un recueil de poèmes de la main du compositeur et une pièce de théâtre musical où les mots sont découpés, mélangés et rythmés : ou « comment les êtres tentent de se parler, comment ils s’envoient des signaux, comment ces signaux arrivent, se perdent, se déforment ou ne sont pas compris » : les paroles du compositeur fournissent l’énoncé même du questionnement au cœur de la thématique du festival.

Réseau antagoniste humain


Avec No Future, donné en création mondiale au Komuna Warszawa Theatre par l’ensemble polonais de Wrocław, Kompopolex, , tout à la fois concepteur, compositeur, metteur en scène et virtuose du codage informatique, pousse plus loin son exploration des zones de friction entre l’humain, la machine et la scène. Écrite pour trois interprètes – percussion (Aleksandra Gołaj), accordéon (Rafał Łuc) et basse électrique (Jacek Sotomski) – l’œuvre fait intervenir en temps réel vision artificielle, analyse du son, perturbations électroniques et « attaques informatiques ». Chez Schubert, qui est aux manettes, la technologie n’est jamais un simple prolongement de l’instrument ; elle devient partenaire, adversaire, voire agent perturbateur. Flux électronique, vidéo et costumes participent à une dramaturgie intermédiatique passant par un flot de textes dont on peine à saisir toutes les nuances.

Les trois performers en combinaison rouge de travail, nous exposent la situation, étayant le propos de courtes interventions instrumentales voire vocales, très (trop) discrètes, où dominent très largement les coups assénés par la percussion. Le geste musical semble soumis à un dispositif qui l’observe, le transforme et le détraque. Mais les comportements se modifient à la fin, lorsque les musiciens, revêtant une tenue d’artiste plus sophistiquée, se griment le visage et semblent reprendre le contrôle, dirigeant vers la console de mixage et le public les projecteurs ainsi qu’une machine à fumée particulièrement agressive qui oblige l’auditoire à quitter la salle !

Théâtre du langage au Concert Hall Nowa Miodova

Avec How sould I put it… (« Comment dire… ») le Polonais compose un étonnant « drame radiophonique en route » à travers dix séquences qui suivent le fil d’un voyage en train, entre musique, parole, théâtre et vidéo. Les deux acteurs/voyageurs (Matylda Damiẹcka et Tomasz Nosiński) ainsi que la chanteuse y font entendre une mosaïque de textes de Potocki, Yeats, Pessoa, Bialoszewski et Jaroslaw Klejnocki, auxquels le compositeur mêle ses propres écrits. Derrière une apparente légèreté, une question fondamentale se pose : comment dire ce que l’on éprouve, quand les mots semblent toujours manquer leur cible ? Si le livret est distribué au public à l’entrée de la salle de concert, on ne bénéficie pas des surtitres en anglais qui auraient été bienvenus !

À travers la variété des textes, différentes façons de dire sont éprouvées. Les deux comédiens dialoguent quand la chanteuse vocalise une partie sans texte. Les voix parlées sont en doublure, synchrones, ou cèdent leur place à la soprano dans une séquence où les mots chantés sont « traités », chuintant, roulant sur les « r » ou ricochant sur les consonnes : autant de manières d’exprimer cette difficulté à trouver ses mots. La partie instrumentale devient alors moins un véhicule du sens qu’un lieu où la parole se cherche, ajoutant ses propres commentaires ou participant à cette quête du mot juste en doublant la voix parlée. Les musiciens de l’ensemble polonais OMN sont remarquables, par la qualité du jeu autant que par leur réactivité, sous la direction exemplaire de .

La réflexion se veut philosophique sans se départir de l’humour qui instille le propos. Accompagné d’un flux incolore qui fait office de vidéo, le voyage en train est rythmé par quatre arrêts : le jingle de l’annonce en gare et la voix dans le haut-parleur ne manquent pas leur effet comique et servent de refrain à ce périple étrange, aussi fantaisiste qu’existentiel.

Tropisme nordique

L’édition 2026 du festival regarde vers la Scandinavie, invitant nombre d’ensembles et de compositeurs danois et norvégiens. C’est l’ensemble danois Scenatet (chanteurs et instrumentistes), fondé en 2008, qui investit les espaces du studio ATM pour servir la musique de deux de ses compatriotes.

Cantus (Volume III) de est une œuvre muette, sorte de langage des signes à décoder, basée sur l’expression des visages, le mouvement des têtes et des bras ; seul le claquement des mains sur le corps est perceptible. Ils sont une dizaine répartis selon un dispositif qui glisse d’une forme à une autre pour revenir à la présentation première. L’œuvre nous parle de solitude, d’isolement, d’incommunication entre les êtres. La performance impressionne par la chorégraphie au cordeau (les interprètes officient sans chef !) ressassant à l’envi et jusqu’à l’exaspération les gestes et attitudes d’une assemblée impassible.

On change de salle et de décors pour la seconde pièce au programme, Memoriam, de , convoquant sur une scène centrale entourée par le public, trois couples d’interprètes costumés, mezzo-soprano et ténor d’une part, violoniste et altiste (qui donnent également de la voix) d’autre part ainsi qu’un percussionniste et une danseuse : « à travers le souvenir, les répétitions et les variations, un ensemble de personnes semble chercher une voie vers quelque chose d’important », nous dit le compositeur dont les propres textes tissent la dramaturgie de la pièce. Au temps long des voix empruntant à un plain-chant revisité, accompagnées ou non par les cordes frottées, se superposent les mouvements de la danseuse (Marie Kaae Schmidt) dont la chorégraphie traverse plusieurs esthétiques, du butō aux danses urbaines. La présence du percussionniste est intermittente, à la batterie ou au vibraphone, générant également quelques instances bruitées sur ses divers instruments. Sur les traces d’une Meredith Monk, mais sans en atteindre l’originalité, l’ et visent une certaine spiritualité, entre images poétiques et ritualisation.

Une performance ritualiste de cinq heures

On apprécie bien davantage la verve enjouée et le geste totalement déjanté du Norvégien dans The Chosen Ones (« Les Élus »), anti-opéra de cinq heures (les festivals sont décidément très friands des grands formats !) tourné en 2004 dans la forêt suédoise où le compositeur a installé depuis 2009 son propre théâtre lyrique, le  Norwegian Opra. La version filmée est accueillie pour deux représentations par le Musée ethnographique de Varsovie sous forme d’installation audiovisuelle monumentale. Un écran central projette le récit opératique principal mettant en scène « les followers de Ø » (secte ou société secrète ?) tandis que douze écrans sont positionnés sur le pourtour de la salle donnant accès au point de vue des spectateurs conviés à participer au tournage, chacun équipé d’une caméra et invité à produire son propre commentaire analytique.

Vaste fresque en six parties d’une fantaisie sans bornes, The Chosen Ones transforme l’opéra en laboratoire de l’absurde, mêlant vidéo, chants, musique et récits pseudo-historiques jusqu’à brouiller les frontières entre fiction, documentaire et rituel. Sous l’humour et l’absurde affleure une fable plus sombre sur l’Europe, son projet impérial et sa désintégration – exactement le type de grand récit que Reinholdtsen aime soumettre à la dérision de son « opéra sans frontières ». Les cibles sont assez précises : le culte de l’avant-garde et de l’artiste-prophète, les utopies communautaires qui virent à la secte et au cauchemar, les récits historiques totalisants, les dispositifs de propagande et l’impérialisme européen et sa prétention à organiser le monde.

L’affiche ne compte que trois performers, lui-même, et Øystein Hvamen Rasmussen, ce dernier ayant, avec , imaginé les costumes et les masques monstrueux. Les voix passées par les logiciels de traitement sont irrésistibles, surtout quand elles se mettent à chanter leurs slogans sur des instruments à moitié déglingués. L’acmé jubilatoire de cette mascarade excentrique se situe peut-être à la fin de la quatrième partie où le personnage principal se lance dans une longue énumération frénétique autant qu’hilarante des produits de la « junk food » que n’aurait pas reniée un !

Mis à l’honneur du festival, on retrouvera à l’affiche du concert de clôture avec son concerto de piano Theory of the subject (2016), un spectacle audiovisuel avec costumes qui ne manque pas de déconstruire le genre, où Reinholdtsen est tout à la fois compositeur et performer à côté de son compagnon de route .

Crédit photographique : Spółdzielnia Muzyczna Ensemble © G. Mart ; Kompopolex © Warsaw Autumn ; © Warsaw Autumn ; Memoriam de par le Scenatet Ensemble © Warsaw Autumn ; The Chosen Ones de Trond Reinholdtsen © ResMusica

 

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Varsovie. Festival Automne à Varsovie. 22 au 24-IX-2026
22-IX : Elena Rykova (née en 1991) : Quest #, pour 6-9 instruments chromatiques non spécifiés ; Barbara Zach (née en 1995) : Conocybe filaris, pour ensemble, sons fixés et vidéo ; Georges Aperghis (né en 1945) : Zig-Bang (extraits) ; Yana Shliabanska (née en 1994) : Divisi pour ensemble et électronique (CM) ; Jessie Marino (née en 1984) : YiQzljvluFQ, pour trois interprètes et vidéo ; Peter Ablinger (1959-2025) : Amtssee bei Regen, pour 3-8 voix ou instruments. Spółdzielnia Muzyczna (Coopérative musicale).
23-IX : 14h-19h : State Ethnographic Museum de Varsovie.
Trond Reinholdtsen (né en1972) : The Chosen Ones ; opéra norvégien ; Trond Reinholdtsen, Tobias Schülke, Øystein Hvamen Rasmussen, performers ; Tobias Schülke, Øystein Hvamen Rasmussen, costumes ; Marcin Mularz, projection du son.
23-IX : 19h : AMT Studio
Jeppe Ernst (né en 1985) : Cantus (Volume III) pour 10 exécutants ; Niels Rønsholdt (né en 1978) : Memoriam, pour mezzo-soprano, ténor, violon, alto, percussion et danseur. Textes de Niels Rønsholdt. Ensemble Scenatet ; Maria Kaae Schmidt, danseuse.
23-IX : 22h30 : Komuna Warszawa Theatre : Alexander Schubert (né en 1979) : No future, pour trois performers (CM). Aleksandra Gołaj, percussion, voix ; Rafat Łuc, accordéon, voix ; Jacek Sotomski, basse électrique, synthétiseur, voix.
24-IX : Nowa Miodowa – Concert Hall : Tadeusz Wielecki (né en 1954) : How should I put it…, radio drama pour soprano, 2 acteurs, orchestre de chambre et électronique. Agata Zubel, soprano ; Matylda Damiẹcka et Tomasz Nosiński, acteurs ; Ensemble OMN ; direction Szymon Bywalec.

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