Don Carlo ouvre la saison toulousaine

La Scène, Opéra, Opéras

Toulouse, Théâtre du Capitole, 16-X-2005. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Don Carlo, version italienne en quatre actes, livret d’Achille de Lauzières et Angelo Zanardini d’après Du Locle et Méry. Mise en scène : Nicolas Jœl ; décors : Ezio Frigerio ; costumes : Franca Squarciapino ; lumière : Vinicio Cheli. Avec : Daniela Dessì,  Elisabetta ; Béatrice Uria-Monzon, Eboli ; Fabio Armiliato, Don Carlo ; Ludovic Tézier, Rodrigo ; Roberto Scandiuzzi, Filippo II ; Anatoli Kotscherga, Il Grande Inquisitor ; Balint Szabo, Un moine ; Chœur et Orchestre National du Capitole de Toulouse (chef de chœur : Patrick-Marie Aubert), direction : Maurizio Benini.

Ouverture de saison en fanfare avec ce Don Carlo très attendu – l’œuvre n’avait pas été donnée à Toulouse depuis 1984 – et succès certain : le spectacle était affiché complet dès les premières représentations et a manifestement charmé le public!

Une fois n’est pas coutume, commençons cette chronique par quelques mots de l’orchestre. Car, contrairement à ce qui a pu être écrit ici ou là un peu légèrement, la prestation des musiciens toulousains a paru tout à fait excellente et homogène – superbe violoncelle solo de Sarah Iancu, d’une grande finesse, dans l’air de Philippe II Ella giammai m’amò. Certes, la direction de , tranchante et énergique, inscrit ce Don Carlo dans la veine des opéras italiens de Verdi – et pourquoi pas? D’autant que cette option est entérinée par le choix, frustrant par la disparition de l’acte de Fontainebleau, de la version italienne ramenée à quatre actes. Très loin du « grand opéra français », le chef nous propose un Don Carlo aux phrasés acérés, remuant, juvénile, plein de passion et de fougue, à la limite parfois d’une certaine brutalité mais diablement efficace et lyrique au besoin. Alors, certes, on a pu entendre plus raffiné, mais cette vigueur réussit bien à l’ouvrage et lui donne une immédiateté dramatique que l’on peut juger réductrice, ou bienvenue selon les goûts.

La distribution, réunion d’incontestables « pointures », a soulevé bien des passions et des discussions. a la fougue et le timbre juvénile de l’infant, une technique sûre et la puissance triomphante. Les nuances piano le contraignent cependant à détimbrer parfois et l’émission de l’aigu systématiquement en deux temps lasse un peu à la longue. Et, malgré une énergie et une conviction certaines, son physique gracile contraste assez malheureusement avec la robustesse de sa voix. On peut aimer , l’assurance de son émission, ses sons filés, le soin général du chant, son maintien aristocratique, comme on peut aussi ne pas goûter un timbre bien vieilli et parfois instable dans l’aigu, ou la placidité d’une interprétation qui ne s’enflamme jamais. La « Chanson du voile » soulève quelques craintes sur l’Eboli de Béatrice Uria-Mozon : l’émission manque de franchise, la vocalise, avec quelques effets gitans mal venus, est lourde. Puis le personnage prend de l’ampleur au fil des actes et l’airO Don fatale la fait convaincante, vocalement et dramatiquement. a le physique… impérial qui convient à Philippe II, et l’acteur est fort probant. Malgré sa puissance et un timbre large, les signes de fatigue de cette grande voix sont bien là, notamment dans une intonation parfois incertaine, à tel point que les récitatifs rapides ne sont plus que du parlando. Face à lui Anatoli Kotcherga est un Inquisiteur vigoureux – leur affrontement est vraiment terrifiant – auquel l’extrême grave fait pourtant défaut. Et ? Avouons-le, on était un peu inquiet, après son fade Don Juan, de le retrouver en Posa. Grande et magnifique surprise, il y a trouvé l’une de ses incarnations les plus convaincantes. Le soin de la ligne ne masque plus l’engagement dramatique et le timbre, toujours aussi riche, se découvre un métal qui tranche avec la voix plus lourde de Philippe et complète heureusement l’émission claire de Carlos. Et surtout l’acteur, sans être une « bête de scène » n’exagérons rien, n’est plus ici engoncé mais présent et vraiment concerné. Sans conteste, le grand triomphateur de la représentation.

a choisi une direction d’acteurs plutôt minimale et des décors d’une grande sobriété, même si le Christ en croix au plafond ouvrant et fermant l’opéra est d’une symbolique un peu appuyée. Mais la scène de l’autodafé est impressionnante avec ses perspectives vertigineuses, et tout cela fonctionne plutôt bien.

Alors, une distribution de qualité mais sans doute pas parfaite – existe-t-il un Don Carlo parfait? -, une direction partiale mais diablement (si l’on peut se permettre sans craindre le Grand Inquisiteur) efficace, une mise en scène simple mais fonctionnelle. Tout cela fait, au-delà des limites ponctuelles, un spectacle réussi, un Don Carlo vivant et jeune, très « italien », émouvant et même fort par moments.

Crédit photographique : ©Patrice Nin

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