Automne musical du Centre de Musique Baroque de Versailles

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Versailles. Domaine de Versailles / Grand Trianon / Galerie des Cotelle. 04-X-2010. L’art de la transcription : fragments d’opéra pour le clavecin. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Proserpine, Amadis, Isis et Phaetono ; Marin Marais (1656-1728) : Alcide : symphonies ; André Campra (1660-1744) : Télèphe, Hésione et Achille & Déidamie. Aline Zylberajch, clavecin

Versailles. Domaine de Versailles / Grand Trianon / Galerie des Cotelle. 04-X-2010. Les gousts reünis : France & Italie réconciliées sous la plume de Marais, Couperin & Forqueray. Marin Marais (1656-1728) : Cinquième livre de pièces de viole / Suite en mi mineur / Prélude, Le caprice Bellemont, Marche persane dite La Savigny, Le contraste, Le tableau de l’opération de la taille & Les relevailles ; François Couperin (1668-1733) : Les Gousts reünis / Treizième concert, en sol majeur, à deux violes égales ; Antoine Forqueray (1672-1745) : Livre de pièces de violes avec la basse continue, 1747 / Suite en ré mineur / Allemande La Laborde, La Forqueray, La Cottin, La Bellemont, La Portugaise, Sarabande à deux violes & La Couperin. Ensemble L’Amoroso, direction & basse de viole de gambe : Guido Balestracci

Versailles. Domaine de Versailles / Grand Trianon / Galerie des Cotelle. 04-X-2010. Cantates italiennes : voix et violoncelle au service de la modernité. Jean-Marie Leclair (1697-1764), Sonate en trio, en ré mineur, opus 4 n°1 ; Jean-Baptiste Stück (1680-1755), cantate Pur ti connobi alfine, sirena disleal dell’alma mia, a voce sola con il violoncelle obbligato e il basso ; Jean-Baptiste Barrière (1707-1747), Livre 2 de sonates pour le violoncelle avec la basse continue / Sonate n°6 ; Michel Pignolet de Montéclair (1667-1737), Troisième livre de cantates / cantate La morte di Lucrezia, a voce sola con due violini e il basso. Marine Kalinine, mezzo-soprano ; ensemble Pulcinella, direction & violoncelle : Ophélie Gaillard

Versailles. Domaine de Versailles / Grand Trianon / Galerie des Cotelle. 04-X-2010. Cantates françaises : voix et violoncelle au service de la modernité. André Campra (1660-1744), cantate Didon & Énée, pour dessus & basse-taille ; cantate Didon, pour dessus ; cantate Les femmes, pour basse-taille ; cantate Amarilllis, pour dessus & basse-taille. Céline Scheen, dessus ; Alain Buet, basse-taille ; ensemble Amarillis, direction, flûtes douces & hautbois : Héloïse Gaillard

Pour ouvrir ses annuelles «Journées» par lesquelles il dresse le portrait d’une importante figure de compositeur français à l’époque baroque, l’Automne musical du Centre de Musique Baroque de Versailles propose un dimanche à Trianon ; un pique-nique devant l’Orangerie édifiée par Bernard de Jussieu y partage un ensemble de quatre concerts de musique de chambre qui se tient dans la tendre galerie des Cotelle (de cette aile du Grand Trianon, on admire une enchanteresse et douce symphonie horticole, en bleus et violets ; merci à Alain Baraton et à son équipe). Cette année, le héros de ces «Journées» est le provençal .

Surtout pour ouvrir une telle journée, il est des formules plus avenantes et moins exigeantes qu’un récital où, durant une heure, sont jouées des pages arrachées à divers opéras et «réduites» pour le clavecin. Et pourtant a pris la juste mesure de ce répertoire : on se serait cru dans un salon privé où un passionné d’opéra, transcripteur émérite, se réjouit de faire partager, à une poignée d’amis, les sommets de sa bibliothèque qu’il a choisis à l’impromptu. On a particulièrement apprécié sa fermeté rythmique, son tropisme vocal et son sens aigu de la rhétorique (dans les airs, l’empreinte des mots du livret y demeurait vivace). Et dans les carrures (carcans ?) de chaque danse, a trouvé de plaisantes libertés, sans jamais dissimuler la singularité esthétique de chacun des trois compositeurs conviés : notamment, les aspects agrestes puis dramatiques de Campra y furent manifestes.

Pour honorer les fameux Gousts reünis, a élu , et et a proposé un large éventail expressif, de l’évocation descriptive – L’opération de la taille de Marais – à une florilège de portraits musicaux, de danses françaises à de la musique plus abstraite (le Treizième concert, à deux violes égales de Couperin). Au cœur de ce concert, cette dernière œuvre en a été le sommet : les deux violistes, et Martin Zeller, ont offert un discours musical chatoyant et ductile, aussi félin que cursif. Dans le reste du programme, a séduit par la ronde densité de son grave et de son médium mais a confirmé ce qu’on devinait depuis deux ou trois ans : en atteignant l’aigu et le suraigu, il perd subitement en virtuosité, en couleurs et en intonation, comme s’il prenait peur d’atteindre de telles stratosphères. Et au point défigurer les quelques pièces aussi rageusement tendues et virtuoses que La Forqueray. Dans l’ensemble L’Amoroso, on ne soulignera jamais assez le rôle éminent qu’y joue la claveciniste , continuiste motrice et (trop rare) soliste impérieuse.

Pour le premier concert de l’après-midi, la mezzo-soprano a remplacé, au pied levé, , indisposée. Apprendre et mettre au point, en vingt-quatre heures, ces deux cantates italiennes attire la bienveillance et mérite le respect. Membre, successivement, des studios lyriques Les jeunes voix du Rhin, Les Vergers d’Euterpe (à l’Opéra de Besançon) et CNIPAL, elle possède une tessiture longue et une voix (presque trop) «faite» : un excès de couverture et une émission renforcée entrainent une monochromie et une monotonie expressive. Bien entendu, on mesure que cette chanteuse, aux moyens évidents, n’a pas eu le loisir d’adapter son univers vocal de «grand opéra» à ce répertoire plus subtil ; on sera heureux de l’entendre dans son univers vocal d’élection. Quant à l’ensemble Pulcinella, il a été – à l’exception du claveciniste – comme sa directrice musicale dans la sonate de Barrière qu’elle a jouée : peu engagé (que ce soit dans l’élégie ou dans la théâtralité), stylistiquement neutre et usant de moyens expressifs conventionnels et prévisibles.

Le dernier concert de cette journée champêtre fut un subtil feu d’artifice, dont les deux chanteurs furent les premiers maîtres d’œuvre. Concert après concert, domine avec aisance l’art vocal baroque français : finesse rhétorique et claire élocution française n’atténuent en rien les mérites de sa vocalité. D’autant plus que, dans les deux cantates en duo, son rayonnant et généreux partenaire, , ne cessa de lui témoigner son heureuse connivence. Et, dans la cantate Les femmes, son interprétation fut un modèle : d’une probité vocale sans défaut (le geste vocal nous parvient pur, sans la moindre esquive technique ou stylistique), domine tellement son art qu’il dispose d’un vaste espace pour jouer et interpréter. Et comme il n’est que subtilité et respect du texte, son feu d’artifice vocal gagne les rares rives de la poésie. N’omettons pas que, pour ce concert, Héloïse Gaillard s’est entourée de fameux instrumentistes : (on méconnaît trop cette excellente musicienne, premier violon des Talens lyriques) ; Anne-Marie Lasla (sa basse continue fut d’une radieuse et fluide cursivité) ; et (ses hauts mérites de chef de chant trouvent ici un généreux territoire où s’épanouir).

Pouvait-on mieux achever ce beau dimanche à Trianon ? Assurément pas !

 

Crédit photographique : © DR ; Ensemble l’Amoroso © Sébastien Bardou (Galatéa)

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.