Incas et conquistadors : la rencontre de deux mondes
Dans cet enregistrement original, l’ensemble La Chacana de Pierre Hamon met en perspective l’interpénétration culturelle des musiques hispaniques et précolombiennes au XVIe siècle.
A l’arrivée des conquistadors espagnols, les peuples incas possédaient une riche tradition musicale, liée aux cérémonies religieuses et aux fêtes célébrant les rites agricoles. Un instrumentarium varié en témoigne, en particulier le siku (appelé aussi zampona ou flûte de pan) et diverses percussions. Pierre Hamon et son ensemble La Chacana s’attachent à faire revivre les mondes sonores des civilisations préhispaniques et les formes musicales métissées qu’engendra la rencontre forcée avec l’Espagne. Une première partie évoque le paysage sonore hispanique du XVIe siècle, avec des airs issus des Cancioneros de la Colombina et de Palacio. Dans une deuxième partie, Pierre Hamon revisite les mondes sonores pré-colombiens grâce à des improvisations inspirées par les instruments eux-mêmes. Quant à la troisième partie, elle illustre la survivance des musiques traditionnelles au coeur de l’héritage colonial ; parfait exemple de syncrétisme dans ce répertoire métissé, où la Pachamama (terre-mère) et la Vierge se confondent.
Les cinq musiciens multi-instrumentistes de l’ensemble La Chacana (nom donné à la croix andine) s’emparent avec beaucoup d’à propos de ces influences croisées pour signer ici leur premier enregistrement. Les rituels incas revisités par Pierre Hamon sur les diverses flûtes traditionnelles nous emmènent très loin sur les ailes d’une musique planante et intemporelle, que l’on avait déjà pu apprécier en concert à Toulouse en 2021. Les voix des deux chanteuses dialoguent avec les flûtes dans les villancicos du Codex Trujillo del Peru. On entend aussi dans l’enregistrement plusieurs mélodies traditionnelles collectées par les ethno-musicologues Raoul et Marguerite d’Harcourt au milieu du XXe siècle. Le programme se conclut par la célèbre hymne processionnelle Hanacpachap cussicuinin en langue Quechua, plus tardive, et toujours aussi envoûtante. Le meilleur du choc des cultures.














