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Jean-Philippe Rameau en DVD par Christie et Minkowski

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Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les Boréades. Mise en scène : Robert Carsen ; décors et costumes : Michael Levine ; éclairages : Peter van Praet et Robert Carsen ; chorégraphie Edouard Lock. Avec : Barbara Bonney, Alphise ; Paul Agnew, Abaris ; Toby Spence, Calsis ; Laurent Naouri, Borée ; Stéphane Degout, Borilée ; Nicolas Rivenq, Adamas/Appolon ; Anna-Maria Panzarella, Sémine ; Jael Azzaretti, une nymphe. Compagnie La La la Human Steps. Les Arts Florissants, direction : William Christie. Filmé à l’Opéra de Paris Palais Garnier, en avril 2003, réalisation : Thomas Grimm. 2 DVD Opus Arte (distribution Codaex). PAL. Durée : 218 min. Sous-titrage en quatre langues.
Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Platée. Mise en scène : Laurent Pelly ; décors : Chantal Thomas ; costumes : Laurent Pelly ; éclairages : Joël Adam. Avec : Paul Agnew, Platée ; Mireille Delunsch, La Folie/Thalie ; Yann Beuron, Thespis/Mercure ; Vincent Le Texier, Jupiter ; Doris Lamprecht, Junon ; Laurent Naouri, Cithéron/un satyre ; Valérie Gabail, l’Amour/Clarine ; Franck Leguerinel, Momus. Orchestre et Chœurs Les Musiciens du Louvre, direction : Marc Minkowski. Filmé à l’Opéra de Paris Palais Garnier, en février 2002, réalisation : Don Kent. 2 DVD TDK (Distribution intégrale). PAL. Format : 16. 9. Durée : 150 min. Sous-titrage en cinq langues.

 

Ces deux enregistrements marquent l’arrivée du compositeur dijonnais sur le support DVD. Arrivée en force puisque ces deux titres, reflets de deux représentations à l’Opéra de Paris, sont mises en scène par deux emblèmes de l’ère d’Hugues Gall à la tête de cet établissement, et . On ne s’étonnera pas d’y trouver à la baguette, les deux chefs spécialistes du moment, pour Les Boréades et pour Platée.

Les Boréades, filmé au Palais Garnier en avril 2003, permet de retrouver la production signée , véritable tragédie en noir et blanc, avec la participation de la compagnie chorégraphique canadienne La La La Human Step d’. Étonnant mélange entre orthodoxie musicale pour l’orchestre de Christie, chanteurs pas toujours compréhensibles et mise en scène un peu manichéenne mais assez stimulante et chorégraphie véritablement novatrice, ces Boréades sont un attachant spectacle dont on ne peut que saluer le passage à la postérité sur ce support. L’ultime opéra de ne fut jamais représenté de son vivant et sa création officielle remonte à 1964. Le mystère planera éternellement sur les circonstances de la création ou plutôt de la « non-création » des Boréades dont les répétitions furent interrompues en 1763, non par la mort du compositeur mais plutôt par une cabale ou la censure, le livret étant pour l’époque jugé subversif, car glorifiant la liberté. Il fallut attendre pour sa création le XXe siècle quand, en 1964, l’O. R. T. F. les donna en version de concert avant que le chef britannique et le metteur en scène français Jean-Louis Martinoty n’en signe une célèbre première production scénique au Festival d’Aix-en-Provence en 1982. Depuis, on en a réalisé plusieurs productions scéniques, notamment à Birmingham en 1983 et à Salzburg en 1999. L’exploitation de cet opéra « posthume » a donné lieu à de violentes polémiques après que la Bibliothèque Nationale en avait confié les droits à un éditeur privé indépendant. Le lecteur désireux de se pencher sur tous les avatars de cette partition pourra se rapporter au numéro spécial (n° 203) que lui a consacré l’excellente revue L’Avant-Scène Opéra. L’œuvre rentrait pour ainsi dire au bercail en 2003 puisque l’actuel Opéra de Paris est la continuité historique de l’Académie royale de Musique fondée par Louis XIV.

Tragédie ou non ?

Tragédie-lyrique en cinq actes, Les Boréades méritent-elles leur appellation avec leur livret plutôt optimiste issu de la mythologie gréco-romaine et son « happy end », magnifique duo d’amour entre la jeune reine Alphise promise par tradition à un descendant du Dieu Borée mais lui préférant – qui l’en blâmerait- un fils d’Apollon ? Le livret, attribué à Louis de Cahusac, est au niveau de qualité de la grande tragédie française et s’est efforcé de le rendre audible. Dans une interview au Figaro du 28 mars 2003 il avouait avoir lancé à ses chanteurs le défi d’être compréhensibles jusqu’au dernier rang du théâtre. Défi partiellement relevé car, même au premier rang, la moitié des solistes ne l’étaient pas. La prise de son du DVD améliore cet inconvénient scénique. On se demande pourquoi avoir choisi l’excellent soprano américain dont la spécialité est ailleurs que dans le chant « ramiste » qu’elle ne déclame pas comme il se doit (ce qui avait été constaté à Salzburg en 1999) et dont l’absence de présence scénique prive de relief le rôle de la reine Alphise. En revanche, le Français , rompu à ce chant déclamatoire, est un magnifique et parfaitement intelligible Apollon. Au contraire, les deux prétendants  » boréens  » et justifient entièrement la présence du sur titrage. , ténor britannique souvent sollicité par William Christie, est partiellement compréhensible mais pas toujours assez engagé vocalement dans son rôle d’Abaris, le prétendant apollinien. L’énorme réussite de ces Boréades repose sur le travail des Arts Florissants, chœur et orchestre et de leur chef William Christie. La partition contient des beautés avec lesquelles aucun autre opéra de cette époque et même de Rameau ne peut rivaliser. Christie obtient le meilleur de tous ses instrumentistes et choristes mais surtout une parfaite cohérence de l’ensemble. Dans la même interview, le chef déclarait, en matière de mise en scène, préférer le modernisme à la ringardise. Robert Carsen, metteur en scène canadien aux débuts fracassants dans le théâtre lyrique vivait en 2003 largement sur ses acquis et bon nombre de tics issus de très bonnes idées lui servent de routine. Puisque c’est la première fois qu’il abordait ce domaine de la musique française du XVIIIe avec l’idée de rendre compte de la modernité de composition de Rameau, et ceci avec l’aval du maître d’œuvre musical, on ne peut qu’être indulgent. Force est de reconnaître qu’une présentation aussi manichéenne de l’histoire, les austères boréens en noir, les solaires apolliniens en blanc, peut être réductrice surtout quand tant de laisser aller vestimentaire règne dans ce dernier camp. Cependant quelques belles images, le travail sur le contraste entre les saisons, une direction d’acteurs soignée et intelligente, tendent à donner raison à Christie et au diable la ringardise ! Si modernité il y a, elle est beaucoup plus imputable à la présence de la compagnie canadienne La La La Human Steps d’Edouard Lock, dont la chorégraphie extrêmement nerveuse, décomposée et non exempte d’un certain maniérisme, sied assez bien aux intermèdes dansés, bien que certains choix esthétiques vestimentaires ne soient pas toujours très heureux. Avec tous ces contrastes on aura compris que ces Boréades ne laissent pas indifférents et reste un des spectacles lyriques plus stimulants que celui réalisé par pour l’Opéra de Lyon la saison suivante (voir l’article de notre confrère Edouard Bailly).

Platée, une occasion manquée

Platée fut filmée aussi à Garnier mais en 2002, lors de la reprise, ce qui nous prive de la Platée de Tracey Welborne de 1999, infiniment meilleure que celle de , dans une production assez ridicule de Laurent Pelly. Ressuscitée en 1956, deux siècles après sa création, par le Festival d’Aix-en-Provence, Platée de et Adrien-Joseph Le Valois d’Orville revenait en 1999, après presque vingt ans d’absence, dans les ors du Palais Garnier avec une réalisation musicale admirable de gâchée par la conception scénique très contestable de Laurent Pelly. peut revendiquer une manière de droit moral sur Platée de Rameau, œuvre qu’il a dirigée deux fois en version de concert à Favart et Garnier ainsi que dans des nombreux autres théâtres et dont l’enregistrement de 1988 a supplanté celui paru la même année de Jean-Claude Malgoire qui faisait alors partie de l’establishment baroqueux. La réalisation qu’il présentait à l’Opéra de Paris, mûre de dix ans de pratique est exemplaire à tous égards. La vie et le son qu’il insuffle à son ensemble Les -Grenoble, la diction châtiée des chanteurs, l’évidence dramatique de chaque page d’une partition dont il connaît les moindres recoins, sont proprement inouïs. Le voir diriger est déjà en soi un véritable spectacle. Comment alors comprendre qu’il ait pu cautionner, alors qu’il était en fait le maître d’œuvre, une réalisation aussi contraire à ce qu’il exprime musicalement en style en raffinement et en intelligence, que celle de Laurent Pelly ? Avec ce metteur en scène il signèrent un Orphée aux Enfers d’Offenbach impayable d’humour et de fantaisie à l’Opéra de Lyon en 1998. Mais Rameau n’est pas Offenbach et les libertés et distances que l’on peut se permettre avec l’opérette ne sont pas de mise avec l’opéra français classique du XVIIIe siècle qui sans ses contraintes de style et de manières n’est plus rien. Affublé d’une dramaturge et d’une costumière dont laideur était le maître mot, Laurent Pelly a conçu pour figurer l’Olympe du Prologue une reconstitution de l’Amphithéâtre du Palais Garnier avec son dispositif de fauteuils en gradins. Pourquoi pas s’agissant de la demeure des Dieux ? Sauf que placés dans de telles hauteurs les chanteurs n’étaient pas audibles de la salle. Le DVD corrige partiellement seulement ce défaut. Au cours du spectacle le dispositif se disloque et décrépit (procédé dramaturgique, déjà alors, largement éculé) pour laisser place à un immense espace au sol impossible à remplir par les chanteurs obligés à d’inutiles aller et venu. Platée, ballet bouffon selon la partition, comporte beaucoup de courtes chorégraphies et un long ballet au dernier acte. C’est certes difficile à réaliser, d’autant que Rameau s’y parodie lui-même, mais fait partie des contraintes du genre. La chorégraphe a résolu le problème en faisant appel à de jeunes danseurs charmants et inexpérimentés (on rappelle au passage que l’Opéra de Paris abrite en ses murs une des compagnies de ballet les plus prestigieuses de la planète) et inventant des petites séquences de danse de genre hip-hop ou break danse, très approximatives et totalement étrangères à l’esprit de l’œuvre, digne en fait d’un patronage. Paul Agnew donne une incarnation très conventionnelle, sans grand aplomb scénique, à la nymphe tragique. est superlative dans le rôle de la Folie dont elle chante les deux airs avec une magnifique sûreté vocale et un naturel scénique lui permettant toutes les distances humoristiques. Le reste de la distribution n’est pas au même niveau car, hormis assez à l’aise dans Mercure, il est bien triste de voir que toute une génération de jeunes chanteurs français, dont est l’exemple parfait, ne tient pas toujours ses promesses. Il faut signaler aussi que pour faciliter au ténor la pratique de la terrible tessiture de Platée on a baissé le diapason, obligeant tous les autres à chanter inutilement bas. Quelqu’un rendra t’il un jour à Marc Minkowski cette opportunité manquée, la récompense de la réalisation totalement parfaite d’une œuvre à laquelle il s’est donné avec tant de talent ?

Le disque historique de « Platée » au Festival d’Aix-en-Provence dirigé par Hans Rosbaud avec Michel Sénéchal, Jeanine Micheau, Nicolaï Gedda et Jean-Christophe Benoit a été réédité par EMI en un double CD. L’enregistrement de Marc Minkowski de 1988 à la tête des avec Gilles Ragon, Jennifer Smith et Véronique Gens est toujours disponible (2 CD Erato).

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Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les Boréades. Mise en scène : Robert Carsen ; décors et costumes : Michael Levine ; éclairages : Peter van Praet et Robert Carsen ; chorégraphie Edouard Lock. Avec : Barbara Bonney, Alphise ; Paul Agnew, Abaris ; Toby Spence, Calsis ; Laurent Naouri, Borée ; Stéphane Degout, Borilée ; Nicolas Rivenq, Adamas/Appolon ; Anna-Maria Panzarella, Sémine ; Jael Azzaretti, une nymphe. Compagnie La La la Human Steps. Les Arts Florissants, direction : William Christie. Filmé à l’Opéra de Paris Palais Garnier, en avril 2003, réalisation : Thomas Grimm. 2 DVD Opus Arte (distribution Codaex). PAL. Durée : 218 min. Sous-titrage en quatre langues.
Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Platée. Mise en scène : Laurent Pelly ; décors : Chantal Thomas ; costumes : Laurent Pelly ; éclairages : Joël Adam. Avec : Paul Agnew, Platée ; Mireille Delunsch, La Folie/Thalie ; Yann Beuron, Thespis/Mercure ; Vincent Le Texier, Jupiter ; Doris Lamprecht, Junon ; Laurent Naouri, Cithéron/un satyre ; Valérie Gabail, l’Amour/Clarine ; Franck Leguerinel, Momus. Orchestre et Chœurs Les Musiciens du Louvre, direction : Marc Minkowski. Filmé à l’Opéra de Paris Palais Garnier, en février 2002, réalisation : Don Kent. 2 DVD TDK (Distribution intégrale). PAL. Format : 16. 9. Durée : 150 min. Sous-titrage en cinq langues.

 
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