Archives de l’auteur : Jean-Luc Clairet

Tannhäuser für Kinder 2017 3

Bayreuth : Tannhäuser pour tous

En marge des opéras de Wagner qui attirent la planète entière au Festspielhaus, le festival propose dix représentations de Tannhäuser für Kinder, une entreprise pédagogique à l’adresse de son public de demain mais aussi aux wagnériens curieux. Depuis 2010, Bayreuth a rapetissé tous les dix chefs-d’œuvre du Maître afin de les faire connaître aux enfants. D’une nouvelle durée d’une heure chrono, donnée sans entracte, leur dramaturgie imparable, intelligemment condensée par Katharina Wagner et ...
blanchardeau17

Révélations aux Musicales de Blanchardeau

L’incontournable rendez-vous musical de l’été breton fait le plein de ses quatre concerts où, le temps d’une soirée, l’estivant est convié à une certaine idée du haut de gamme de la musique. Le signal d’alarme familier de la très hokusienne affiche de la 15e édition des Musicales de Blanchardeau annonce « Miroirs de la Musique française ». Pour le pénultième concert du festival 2017, Annick Gaillard, initiatrice de la manifestation, bouscule les habitudes d’un ...
Parsifal Amfortas hoch

Parsifal à Bayreuth : le vœu pieu d’Uwe Eric Laufenberg

An II pour le Parsifal oecuménique mais un brin soporifique d’Uwe Eric Laufenberg. Pourtant le message à faire passer était des plus essentiels. Marek Janowski, remplaçant au pied levé Hartmut Haenchen souffrant, anime, depuis la fosse une réalisation par trop languide. « Il m’arrive de penser qu’il serait préférable qu’il n’y ait plus de religions du tout. » Cette phrase hautement troublante du Dalaï Lama en exergue du programme introduit la réflexion du ...
Tristan 2017 2. Akt

Tristan et Isolde à Bayreuth : Marke et Isolde

An III pour le Nô wagnérien revu et corrigé par la très originale vision de Katharina Wagner. Une Isolde vindicative, un Tristan de première classe et un Marke bien noir disent la triste histoire du triangle amoureux selon Wagner. Tristan et Isolde sans philtre. C’est l’intérêt principal de cette production créée en 2015 et éditée en DVD (DG) : Katharina Wagner, au plus près du livret, a bien lu que ces deux-là ...
Götterdämmerung 2017 3

Le Crépuscule des dieux à Bayreuth : le crépuscule des hommes

Le Crépuscule des dieux vu par Frank Castorf boucle en apothéose un Ring mémorable. Complexe souvent, stimulant toujours, sous haute tension intellectuelle, d’un esthétisme hypnotique, c’est le meilleur que Bayreuth a produit depuis Chéreau. Le Wotan de Castorf a créé l’homme à son image : brutal et instinctif. C’est probablement ce qu’un grand nombre de spectateurs ayant fait le pélerinage à Bayreuth n’accepte toujours pas. La gangrène Waelse a infecté Siegfried mais ...
Siegfried 2017 Mount Rushmore

Siegfried à Bayreuth : Wotan en Allemagne

Wotan n’aura jamais aussi bien mérité le surnom de Wanderer qui est le sien dans la deuxième journée de la Tétralogie. Frank Castorf, après l’Amérique et la Russie, poursuit le trip inter-continental et envoie cette fois le dieu de Wagner entre les deux : entre l’Ouest et l’Est du Monde, dans les zones d’ombre d’une Allemagne d’avant la réunification. Un cran esthétique est franchi par le mémorable vivier d’images abrité dans ...
Walküre 2017 Feuer

La Walkyrie à Bayreuth : Wotan en Russie

En 2002, l’Opéra de Stuttgart avait fait appel à quatre metteurs en scène différents pour une même Tétralogie avec un résultat des plus mouvants en terme de linéarité. Bayreuth a fait appel au seul Frank Castorf, qui diffracte les quatre volets du Ring en quatre scénarios distincts au service d’une même ligne directrice. Reçue sans sourciller, cette Walkyrie, qui sera curieusement reprise isolément en 2018 sous la direction de Plácido ...
Rheingold 2017_Tankstelle-1

L’Or noir du Rhin à Bayreuth : Wotan en Amérique

En ces temps d’extrême consensualité, le Festspielhaus est un des rares endroits au monde où les huées les plus décomplexées peuvent cueillir à chaud une production. C’est ce qui arrive une fois encore au Ring pourtant virtuose de Frank Castorf qui, au bout de cinq ans, ne sera pas parvenu à convaincre (on pouvait se procurer des places cinq minutes avant le début de chaque représentation, alors que résonnait le ...
Les Maîtres-chanteurs de Bayreuth : dans la tête de Richard Wagner

Les Maîtres-chanteurs de Bayreuth : dans la tête de Richard Wagner

Très ambitieuse production sur trois époques que ces nouveaux Maîtres-chanteurs de Nuremberg confiés au génial Barrie Kosky : en sus de la lourde tâche d’ausculter la plus longue comédie musicale du monde, le metteur en scène australien fait passer un scanner au cerveau du compositeur. Pour une fois Wagner a décidé de faire rire pendant quatre heures trente. Mais pas que. Barrie Kosky fait la même chose, qui semble gagner son pari avant ...
2017-06-17 20_01_11-La Passion Berlioz de Bruno Messina==++ « Aller + Loin « ResMusica

La Passion Berlioz de Bruno Messina

Aux commandes depuis 2009 du festival lancé par Serge Baudo en 1979 à La Côte-Saint-André, la ville natale de Berlioz, le trompettiste-professeur-ethnomusicologue Bruno Messina respire la musique du grand Hector, mais aussi la musique tout court qu'il veut faire partager au plus grand nombre. À la veille de l’édition 2017, le directeur se remémore avec une paisible passion et une vibrante empathie, un parcours hors-norme qui l’a conduit à accepter en 2016, le ...
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Carmen à Bregenz : le génie d’Es Devlin

Davantage victime du fatum qu’étendard de la liberté, la Carmen de Kasper Holten impressionne surtout par le mémorable décor qu’Es Devlin a conçu pour le célèbre plateau aquatique du lac de Constance. La Seebühne de Bregenz offre aux spectateurs du monde entier des spectacles spectaculaires : ne me contredira mon voisin russe, écran allumé à la main pour lire les sous-titres en cyrillique à son voisin de gauche, avachissements à répétition sur ...
Alceste de Lully à Beaune : la leçon de musique des Talens Lyriques

Alceste de Lully à Beaune : la leçon de musique des Talens Lyriques

Talens Lyriques en pleine forme, distribution ultra-soignée : Christophe Rousset, des années après l'enregistrement pionnier de Jean-Claude Malgoire, vient d'offrir à Beaune la plus parfaite des Alceste, au plus près, stylistiquement parlant, des intentions de Lully et Quinault. Si « Dieu doit une fière chandelle à Bach » (Cioran), il n'est pas interdit de penser qu'il en va de même pour Lully vis-à-vis de Christophe Rousset. Il est toujours périlleux d'aborder un opéra de ...
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Ottone, re di Germania : Ann Hallenberg, reine de Beaune

Si la flamboyance n'est pas la caractéristique première d'un opéra qu'Haendel voua plutôt à l'élégie, elle est en revanche celle d'une équipe musicale d'exception autour de la phénoménale Ann Hallenberg. Beaune a encore réussi l'impensable : suspendre, trois heures d'horloge durant, l'auditoire d'une Basilique Notre-Dame bondée (repli anti-canicule obligé pour cause de Cour des Hospices chauffée à blanc) aux démêlés politico-amoureux d'un Haendel quasi de jeunesse, un an avant Giulio ...
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À Lyon, Viva la mamma fait feu sur l’opéra de papa

Étincelante fin de saison lyonnaise avec cet opéra que Donizetti affectionnait particulièrement. Laurent Pelly, à son meilleur, nous emmène dans l'envers du magnifique décor de Chantal Thomas. Jeu de massacre nostalgique et bonheur de spectateur. À propos de Viva la mamma !, Berlioz parlait de « kaléidoscope retourné » par le compositeur sur l'univers parallèle des chanteurs d'opéra. Si, en deçà du quatrième mur, l'opéra reste la chose la plus fascinante du ...
Lohengrin à Saint-Étienne : duels aux sommets

Lohengrin à Saint-Étienne : duels aux sommets

Les wagnériens (et les autres) auront eu tort de laisser à l'abandon quelques fauteuils de l'Opéra de Saint-Étienne pour l'ultime représentation d'un puissant Lohengrin coproduit avec Marseille (séances de rattrapage l'an prochain) et dévolu, à l'exception de l'autrichien Nikolai Schukoff à une équipe 100 % française : Cécile Perrin, Catherine Hunold, Daniel Kawka… Mise en scène sobrement intense de Louis Désiré. Orchestre et chœur maison. Grosse impression. Oublions le très fugace frisson d'inquiétude ...
Theater Basel: Alcina
Premiere: 10.06.2017
Copyright: Theater Basel / Priska Ketterer

Haendel à Bâle : Alcina ou Bradamante ?

Entre Donnerstag aus Licht en 2016 et The Rake's Progress en 2018, Lydia Steier noie le concept de sa mise en scène dans le bricolage d'une Alcina de bande-dessinée. Repli pour tous dans une partie musicale des grands jours magnifiée par La Cetra d'Andrea Marcon. Kate Royal s'est retirée de la production bâloise pour « raisons personnelles ». Quelles qu'elles fussent, on imagine mal l'intégration de la très classieuse cantatrice anglaise dans un ...
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Paroles sans musique : Glass par Philip

L'on attendait depuis longtemps un ouvrage en français sur Philip Glass. C'est enfin chose faite, même s'il a fallu pour cela que ce fût le compositeur soi-même qui se mît aux fourneaux. Un ouvrage essentiel. Ce n'est un secret pour personne : la France a été le pays le plus méfiant d'Europe face à la musique de Philip Glass (lire notre entretien) et ce, malgré la tumultueuse création avignonnaise d'Einstein on the ...
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Déchirante Alceste à l’Opéra de Lyon

Succédant au très original memento mori d'Olivier Py pour Paris en 2013, Alex Ollé, avec des moyens radicalement différents, bouleverse avec l'opéra-manifeste de Gluck, secondé par Stefano Montanari et les prenantes prises de rôle de Karine Deshayes et Julien Behr. « Alceste n'est pas un divertissement mais une occupation très sérieuse. » Vous voilà prévenus. Et c'est Gluck qui l'affirmait. Composer un opéra de 2H30 à la gloire de la fidélité conjugale (« ce qui ...
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Satyagraha de Philip Glass à Bâle : triomphe pour tous

Confier une mise en scène d'opéra à un chorégraphe peut s'avérer une fausse bonne idée. Pour le dernier volet de sa trilogie contemporaine, Bâle prouve le contraire en faisant appel, pour la première suisse de Satyagraha, à Sidi Larbi Cherkaoui. De ses vingt-cinq opéras, Philip Glass aime à dire que Satyagraha est son préféré. L'on devine aisément dans cette affirmation que, pour le compositeur, l'envergure humaniste du rôle-titre compte autant que ...
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Un oppressant Trouvère à Monaco

Un magnifique quatuor vocal dominé par le Manrico de Francesco Meli se déchire dans une vision scénique résolument placée sous le signe du fatum. A l'instar d'un Stephano Poda, Francisco Negrin aime à installer ses spectacles dans le cadre d'un décor unique qui affiche d'emblée la couleur. Le cul de basse-fosse pour Macbeth en 2012 laisse la place, cette fois, au cadre à fort pouvoir esthétique d'une forteresse de béton ouverte ...
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Bâle en transe avec Calixto Bieito et Iannis Xenakis

Trois œuvres de la fin du XXe siècle au cours de la même saison à Bâle : entre Stockhausen et Glass, voici Xenakis. Son Oresteia bénéficie de tous les soins (ne manquent que des sur-titres français !) de l'audacieuse maison d'opéra et notamment de l'investissement galvanisant du metteur en scène catalan. Le musicien-architecte (il travailla avec Le Corbusier) Xenakis disait ne pas aimer l'opéra. On a envie de le taquiner en lui ...
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Mozart en super 8 à Toulon

Au terme d'un voyage qui l'aura vu faire escale à Fribourg, Lausanne, Tours et Toulouse, L'enlèvement au sérail pétillant et mélancolique imaginé par Tom Ryser aborde à Toulon au son d'une partie musicale une fois encore entièrement renouvelée. L'on avait beaucoup goûté la façon dont le metteur en scène suisse nous avait révélé l'improbable Jésus-Christ superstar la saison dernière à Bâle. En passant aux « choses sérieuses » (quoique) avec ce singspiel trop ...
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La foudroyante beauté du Tristan d’Heiner Müller

La troisième journée du Festival Mémoires présenté par l'Opéra de Lyon nous emmène rien moins qu'à… Bayreuth avec la recréation de l'historique Tristan et Isolde qu'Heiner Müller mit en scène de 1993 à 1999 au Festspielhaus. Choc esthétique de bout en bout. À Bayreuth, la mort d'une production, après environ cinq années de vie, se matérialise par une destruction publique des décors (c'est ainsi que l'auteur de ces lignes a pu ...
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Visitors à la Philharmonie : éloge de la mélancolie

La grande salle Pierre Boulez bondée accueille Visitors, quatrième long métrage de Godfrey Reggio sur une partition originale de Philip Glass. Michael Riesman, alter ego du compositeur, conduit l'Orchestre de Paris. L'on a dit, dans ces colonnes, lors de la parution du CD en 2013, chez Orange Mountain Music, combien Visitors pouvait déconcerter avec ses six mouvements lents aux titres énigmatiques, sa matière musicale extrêmement ténue si on la comparait aux chefs-d’œuvre ...
Agrippina

L’univers impitoyable d’Agrippina à Anvers

L'Opéra des Flandres a eu raison de reprendre un des spectacles les plus inspirés de la metteuse en scène Mariame Clément, l'Agrippina de Haendel créé in loco en 2012, en coproduction avec l'Opéra d'Oviedo. Ann Hallenberg et Tim Mead sont les joyaux d'une vision rehaussée par la direction ba-rock de Stefano Montanari. S'il n'est pas le plus foisonnant en tubes (du type Ogni vento ou Se voi pace), le quasi-pasticcio Agrippina, ...
L’Opéra de Lyon a de la mémoire : Elektra

L’Opéra de Lyon a de la mémoire : Elektra

L'Opéra de Lyon contredit l'idée que l'opéra serait un art de l'éphémère. Son Festival Mémoires regarde dans le viseur des dernières décennies et retient 3 titres. Épisode 1 : Le Couronnement de Poppée de Klaus Michael Grüber. Épisode 2 : l'Elektra que Ruth Berghaus, décédée en 1996. Episode 3: Tristan et Isolde (aus Bayreuth !) par Heiner Müller.  Il n'y a, pas davantage que dans Salomé, d'Acte II dans Elektra. Au-delà du fait ...
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Le Don Giovanni des Don Giovanni à Bâle

« L'opéra des opéras » a droit à « la mise en scène des mises en scène » à Bâle. Le spectacle que Richard Jones a conçu pour cette co-production entre l'English National Opera (2016) et le Theater Basel rejoint les plus impressionnants Don Giovanni (Claus Guth, Kasper Holten). Par bonheur, la partie musicale n'est pas en reste. Richard Jones est un metteur en scène très intelligent. Son récent Rosenkavalier pour Glyndebourne, trop éclipsé par la ...
Tannhäuser en VF à Monaco

Tannhäuser en VF à Monaco

Serti par la direction très attentive de Nathalie Stutzmann et le visuel à haute teneur poétique de Jean-Louis Grinda, le Tannhäuser en VF de Monaco permet de répondre enfin à l'épineuse question de la version dite de Paris, posée par l'opéra le plus retouché de son auteur, un opéra qui n'est pas qu'écartelé entre sexe et religion. Mais quelle mouche, sinon celle de l'ego, a donc piqué le grand Richard lorsqu'en ...
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Roméo Castellucci offre de vraies funérailles à Jeanne d’Arc

Nouveau moment historique pour Jeanne d'Arc. Le metteur en scène Roméo Castellucci allonge d'une bonne demi-heure le bref chef-d’œuvre d'Arthur Honegger et tient en haleine aussi bien les réfractaires à son style qu'à celui d'un compositeur pour qui l'adjectif populaire était un compliment. « Les grands metteurs en scène mettent sur scène quelque chose que vous n'avez jamais vu ailleurs » affirme Denis Podalydès. Ce fut le cas pour Parsifal à La Monnaie, ...
Le songe d’une nuit d’hiver : The Fairy Queen à Vienne

Le songe d’une nuit d’hiver : The Fairy Queen à Vienne

Juste avant de s'attaquer à sa 33e mise en scène d'opéra, Mariame Clément, avec l'alibi du semi-opéra de Purcell The Fairy Queen, ausculte ses 13 ans de mise en scène dans une ode vibrante au monde lyrique. Le pari était gonflé de s'emparer de la dramaturgie défectueuse de The Fairy Queen. On ressort des trois heures pleines de son ambitieuse réalisation sur plusieurs niveaux de lecture avec une provision d'émotions pour ...