Ring 100101110 à Bayreuth, La Walkyrie : bis repetita…non placent
Les opéras de ce nouveau Ring se suivent et se ressemblent, oubliant le théâtre, mais sauvés par la musique qui assume à elle seule la dramaturgie. Cette Walkyrie nouvelle manière n’échappe pas à la règle : bis repetita non placent…

Si le procédé scénique ne change pas, force est de reconnaitre que cette scénographie mouvante et envahissante pilotée par l’IA se fait, ici, plus illustrative, bien que toujours sans rapport évident avec le déroulé du livret : figures historiques récentes ou mythologiques (on voit Hitler et Mussolini floutés), soldats et combats stylisés (Sigmund-Hunding), paysages romantiques évoquant vaguement Caspar David Friedrich, des armes (lances ou fusils), des réminiscences de productions antérieures (notamment la performance très colorée de Hermann Nitsch sous la direction de Pietari Inkinen en 2021) et bien d’autres choses encore dans un bric à brac vidéographique ininterrompu et aléatoire qui se réinvente à chaque instant et à chaque représentation.

La musique quant à elle, sublime de bout en bout, reste l’élément primordial qui fait tout l’intérêt de cette production. Christian Thielemann, véritable maitre du jeu, en assure à lui seul toute la dramaturgie avec une maestria confondante dans la gestion de la dynamique (nuances et tempo) dans un phrasé riche en couleurs qui assume tous les affects des personnages avec une lisibilité parfaite. Soucieux de la continuité narrative, le chef allemand construit son discours selon une architecture tendue en arche, alternant passages chambristes et épisodes plus engagés, qui conduit crescendo, de la rencontre des jumeaux (Acte I) aux émouvants Adieux de Wotan (Acte III). Certes, dans une analyse plus analytique, on aurait pu souhaiter un orage plus tumultueux, une rencontre entre Siegmund et Sieglinde plus sensuelle et passionnée, mais on admire avec quel soin Christian Thielemann caractérise chaque situation, chaque climat et chaque duo entre Fricka et Wotan, entre Wotan et Brünnhilde ou entre Siegmund et Sieglinde… Parallèlement à la péroraison musicale, émaillée des éblouissantes performances solistiques de l’orchestre du festival, les chanteurs semblent prendre peu à peu plus d’autonomie dans leur jeu d’acteur qui se fait, dès lors, moins statique, pour ébaucher quelques gestes significatifs dans un embryon de mise en espace.

Les voix, quant à elles, restent fidèles à leur niveau d’excellence. Klaus Florian Vogt séduit toujours par son timbre clair et son insolente projection qui font de lui, depuis de nombreuses années, le Sigmund de référence, malgré des « Wälse » qui manquent aujourd’hui un peu d’ampleur. Face à lui, la Sieglinde de Elza van den Heever lui tient la dragée haute par la beauté de son timbre, avec toutefois une projection parfois fluctuante. Michael Volle incarne un Wotan indemne de toute critique, irréprochable, libérant tout son potentiel émotionnel dans de poignants adieux, comme dans le douloureux duo face à son épouse à l’Acte II. Anna Kissjudit incarne une Fricka pleine d’autorité par la profondeur de son timbre et l’étendue de son ambitus. Camilla Nylund confirme en Brünnhilde sa place incontestable dans le parnasse wagnérien par la qualité de son chant (douceur du timbre, souplesse de la ligne, étendue de la tessiture et diction parfaite). Mika Kares incarne un Hunding noir et inquiétant par sa basse abyssale. Les Walkyries (Martina WWelchenbach en Gerhilde, Brit-Tone Müllertz en Ortlinde, Karis Tucker en Waltraute, Freya Appfelsteadt en Schwertleite, Magdalena Hinterdobler en Helmwige, Alexandra Ionis en Siegrune, Marie Henriette Rheinhold en Grimgerde, Natalya Sckryka en Rossweisse) complètent joliment cette remarquable distribution chaleureusement acclamée au moment des saluts.
Crédits photographiques : © Enrico Nawrath
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