Lieu : Paris

Fazil Say et Haydn : rocky et rococo con brio

On a comparé l’attitude de Fazil Say à son clavier à celle de Glenn Gould. Dégingandée, ostentatoire, excentrique, un brin cabotine - le pianiste turc n’a guère que la nationalité en commun avec Hüseyin Sermet ! Mais... Aimez-vous Haydn ?… D’entrée, on apprécie l’homogénéité de la programmation, qui ne court pas les sentiers battus, c’est le moins que l’on puisse dire. Au concert, en tout état de cas. Au fait, qui claironnait ...

Un chef proprement fantastique

Orchestre de Paris L’orchestre de Paris, on le sait, s’est engagé depuis quelque temps déjà dans un cycle Berlioz in vivo appelée à faire date, ne serait-ce que par son exhaustivité, justement. On a compris qu’il se situe dans la droite ligne de la (ridicule) préparation, commanditée par la Ministre de Culture, du transfert de quelques ossements du Maître, au Panthéon en 2003. Souhaitons que lesdits ossements, ces vénérées reliques, n’aient ...

Exaltation de la « Medea » de Rolf Liebermann

Medea Pour la seconde entrée de la saison au répertoire de l’Opéra de Paris d’une œuvre de la fin du XXe siècle, après Das Mädchen mit den Schwefelhölzer de Helmut Lachenmann, Hugues Gall a porté son dévolu sur une partition de son maître ès direction de théâtre lyrique, Rolf Liebermann. Il en a confié la mise en scène à Jorge Lavelli, autre familier de l’Opéra de Paris de l’ère Liebermann. Directeur de ...

Platée, réjouissante allégorie de l’opéra

Platée Il est des soirées dont on se souvient parce que tout s’est déroulé à la perfection, au point que l’on en oublie le quotidien, notamment ses préjugés, tant le spectacle est réussi, tout semblant couler de source. Telle a été la première de la reprise de Platée de Jean-Philippe Rameau au Palais Garnier dans la production donnée pour la première fois en avril 1999. Cet ouvrage, créé à La Grande ...

Thierry Escaich & Jean-François Zygel : Improvisation sur Le Fantôme de l’Opéra

Le Forum des Images organise fréquemment des « concerts ciné ». C’est l’occasion de voir des vieux films du cinéma muet accompagnés et illustrés en direct live par des musiciens très divers. Ce soir là c’était Thierry Escaich à l’orgue et Jean-François Zygel au piano qui se collaient à cet exercice original. Thierry Escaich est l’un des improvisateurs les plus doués du moment. J’ai souvent eu l’occasion de l’entendre en concert ou en disque ...

La « Rodelinda » de Haendel sobrement élégante présentée à Paris, Théâtre du Châtelet, atteste de la vitalité du Festival de Glyndebourne

Rodelinda Le Théâtre du Châtelet aura été l’hôte en ce début d’année 2002 du Festival de Glyndebourne, accueillant deux productions qui ont marqué l’histoire récente de la plus fameuse des manifestations lyriques britanniques. Fidelio de Beethoven dirigé par Sir Simon Rattle et mis en scène par Deborah Warner, et la plus rare Rodelinda de Haendel, par William Christie et Jean-Marie Villégier, l’équipe même qui re-créa l’Atys de Lully voilà plus de ...

Festival Présences : Entente peu cordiale

Et si on schtroumpfait une petite fête ? Quarante ans, ce n’est pas rien. Une communauté telle que les Percussions de Strasbourg a suffisamment prouvé durant ces quatre décennies la variété de son répertoire et son attachement à la musique vivante, pour qu’elle fasse commande à l’occasion de l’événement. Passée la commémoration dans la capitale alsacienne, les six percussionnistes ont eu la délicatesse de produire leur travail à Paris, profitant par là ...

Piotr Anderszewski, un chef pour qui l’habit ne fait pas la manne

Un trimestre s’est écoulé depuis sa course en solitaire (Bach - Beethoven - Szymanowski) dans le même Théâtre de la Ville, en octobre dernier : Piotr Anderszewski, cette fois, y revient avec son Steinway, mais aussi comme chef d’orchestre. Magistère nouveau pour ce jeune pianiste (à peine plus de trente ans !), qui prend sous son aile un petit ensemble de chambre polonais, comptant entre vingt et trente musiciens. La lecture du ...

Avec Mme Warner, Fidelio perd le Léonord

Sir Simon Rattle Il en neige même ce soir-là sur Séville, capitale de l’Andalousie ! Un ministre providentiel, Don Fernand, tel un deus ex machina, vient de libérer un prisonnier d’opinion, Florestan, injustement détenu ; et de faire châtier le méchant Don Pizzare, son geôlier. La courageuse Léonore y est, il est vrai, pour beaucoup. Epouse de Florestan, elle s’est travestie en homme et a bravé tous les dangers de la prison pour ...

Fazil Say, compositeur virtuose et virtuose compositeur

Le 12 et 13 janvier dernier Fazil Say présentait en première mondiale au TCE son troisième concerto pour piano, commandé spécialement par Radio-France. Je ne connaissais pas du tout Fazil Say auparavant, si ce n’est de nom et de réputation bien entendu. Mais j’étais curieux d’aller entendre ce jeune pianiste turc jouer son propre concerto, c’est un fait si rare aujourd’hui. Le reste du programme était de plus très alléchant : ...
Renée consume le Châtelet

Renée consume le Châtelet

Renée Fleming / Jean-Yves Thibaudet Renée Fleming est apparue plus rayonnante que jamais, vêtue d’une robe dont le modèle a été créé à sa seule intention par Gianfranco Ferré. Une grande robe noire rehaussée d’un bustier de perles grises s’égaillant en cascade sous un décolleté généreux quoique pudique, la cantatrice au charmant minois, cheveux coupés mi-long et oreilles ornées de boucles d’oreilles tombant dans le même mouvement que les perles du ...

La Vieille Russie prend la Bastille

La Khovanchtchina Opéra rare en France, alors même qu’il s’agit assurément du chef-d’œuvre de Moussorgski, en dépit de Boris Godounov, La Khovanstchina fait enfin son entrée au répertoire de l’Opéra Bastille. Cet ouvrage n’avait pas été représenté à Paris depuis 1984, année où il avait été monté dans une splendide production de Pier Luigi Pizzi au Théâtre du Châtelet, qui en avait donné la création française en 1913 dans une réalisation ...

Conte médiéval franco-finlandais

L’Amour de loin Paris. Théâtre du Châtelet. 26-XI-01. Kaija Saariaho : L’Amour de loin. Dawn Upshaw, Lilli Paasikivi, Gerald Finley. Chœur de Chambre Accentus. Chef de chœur : Laurence Equilbey. Orchestre de Paris. Direction : Kent Nagano. Mise en scène : Peter Sellars. Décors : George Tsypin. Costumes : Martin Pakledinaz. Lumières : James F. Ingalls. Commencé avec Trois Sœurs de Peter Eötvös au Théâtre du Châtelet, le mois de novembre se sera conclu en ce même théâtre sur ...

Un libertin à New York

The Rake’s Progress C’est dans une atmosphère de bande dessinée qu’André Engel a transposé l’opéra d’Igor Stravinsky, The Rake’s Progress, dans lequel le compositeur russe rend un hommage appuyé au XVIIIe siècle. Loin de l’adaptation de Peter Sellars présentée voilà quelques saisons Théâtre du Châtelet qui déroulait l’action dans une prison californienne, le metteur en scène français, en dépit des apparences, se situe davantage dans l’esprit de la production de John ...
La beauté à l’état pur.

L’Amour de loin, la beauté à l’état pur

Paris. Théâtre du Châtelet. 26 novembre 2001. Kaija Saariaho : L’Amour de loin. Dawn Upshaw. Lilli Paasikivi. Gerald Finley. Orchestre de Paris. Direction : Kent Nagano. Mise en scène : Peter Sellars. Livret : Amin Maalouf. Un an après la merveilleuse création de «El Nino», Dawn Upshaw, Peter Sellars et Kent Nagano reviennent au Châtelet pour une nouvelle création. Co-création en fait, car l’opéra, co-commandé par Le Théâtre du Châtelet et le Festival de Salzbourg, ...

Battante contre la maladie

Myung-Whun Chung / Martha Argerich L’enfer est pavé de bonnes intentions ; et les meilleures causes, on le sait, ne font pas forcément les plus grands événements. C’est donc avec prudence, malgré le renom des interprètes, que l’on se rend à cette magnifique démonstration caritative, à l’occasion de la journée mondiale contre le sida. A guichets fermés, et devant un parterre huppé, Pierre Bergé, président de l’association bénéficiaire, rappelle le bien-fondé et ...

L’Amour de loin, l’Ennui de près

Il est de courant de se moquer du public conservateur et réactionnaire du Festival de Salzbourg, surtout depuis que Gérard Mortier a commencé à « ruer dans les brancards » il y a une dizaine d’année en proposant opéras du XXeme siècle et mises en scène sulfureuses. Curieusement pour l’Amour de Loin (créé à Salzbourg le 15 août 2000) ce même public est porté aux nues puisqu’il a réservé un ...

Les Andes Galantes de Gabriel Garrido

XXIV° Festival d’Art Sacré De la nouveauté avant toute chose… A défaut de création mondiale, on aura eu la joie d’assister à la création européenne de trois bijoux de la musique sud-américaine baroque, redécouverts vers 1970 ; et ravivés par Garrido à l’occasion du Festival d’Art Sacré de Paris, dont il assurait l’ouverture. Concert d’autant mieux venu, que dans la France entière se déroule concomitamment le Mois National du Baroque Latino-Américain (se ...

« Trois Sœurs » de Péter Eötvös

Trois Soeurs Créé à l’Opéra de Lyon, son commanditaire, le 13 mars 1998, Trois Sœurs de Péter Eötvös a été reçu dès sa première présentation comme l’un des ouvrages majeurs du XXe siècle, l’ouvrage plus significatif du théâtre lyrique depuis Die Soldaten de Zimmermann. La reprise de cette même production plus de trois ans et demi après sa première conforte ce sentiment rare d’abouti, de plénitude, de chef-d’œuvre absolu. Ce que ...

Wozzeck de Glasgow

L’Opéra de Paris est en ce moment, à l’heure de la Seconde Ecole de Vienne. En effet, alors que Garnier propose Der Zwerg d’Alexandre Zemlinsky (voir article ci-dessous), Bastille reprend Wozzeck d’Alban Berg. Deux compositeurs plus proche l’un de l’autre que ce que laissent supposer leurs styles respectifs. Les deux hommes en effet s’estimaient au-delà de leur art. Trois ans et demi séparent la création des deux ouvrages proposés par ...

Enfants terribles

Der Zwerg / L’Enfant et les sortilèges L’Opéra Garnier propose un diptyque voué à l’enfance, une enfance fondamentalement cruelle, dont l’innocence ne peut excuser ni même expliquer le comportement. Certes, il y a une grande différence entre l’enfant préadolescent de Ravel et la princesse au seuil de l’âge adulte de Zemlinsky, et si l’on est prêt à pardonner le premier, la seconde est détestable… Amoureux éconduit d’Alma Mahler-Schindler dont il fut le ...

Billy Budd « Initiales B.B »

Une salle bien vide pour la reprise de cet opéra « masculin » de Benjamin Britten (aucun personnage féminin n’est sur scène). Pourtant la production a déjà fait ses preuves et est l’une des plus réussies de l’OPÉRA BASTILLE. La mise en scène de Francesca Zambello dans l’unique décor modulable d’Alison Chitty n’a pas pris une ride depuis sa création en 1996 et reste toujours efficace, livrant à nu aux ...

Noces ensorceleuses

Le Nozze di Figaro Production splendide que ces Noces de Figaro, une production comme on aimerait en voir plus souvent et dont il faut féliciter le Théâtre des Champs-Elysées. Une mise en scène pétillante de charme, de sensualité, de malice, pleine de tact et de goût, une vraie fête pour les sens. On sort de ce spectacle heureux, et l’on a envie de faire la… noce, continuer dans le même élan ...
Giuseppe Verdi, Attila Des Huns sans gloire

Giuseppe Verdi, Attila Des Huns sans gloire

Inscrire en tête d’affiche deux noms prisés du grand public appartenant au monde du cinéma et de la télévision, Jeanne Moreau et Josée Dayan, est un moyen sûr pour créer l’événement et focaliser l’attention des grands médias sur un opéra de jeunesse de Verdi, qui, en cette année du centenaire de la mort du compositeur, en aura vu d’autres, comme cet Aïda donné au Grand Stade de France au même ...

Aquilée, morne plaine

Pinchas Steinberg / Josée Dayan et Jeanne Moreau Après l’Aïda du Stade de France et sa folie des petitesses, Paris a mis un point d’honneur à offrir in loco (Bastille) un deuxième hommage automnal, bruyant à défaut d’être bouillonnant, à Verdi. Cette fois-ci, place au jeune ! Celui des « années de galère » (1846), avec l’entrée au répertoire d’Attila. Tempérons, du reste, la séparation artificielle encore vivace entre le Verdi mature ...

Sortie de Désert pour Charles-Valentin Alkan

Festival Chopin La postérité est un bon filtre, dit-on; voire. La rareté de Charles-Valentin Alkan (1813-1888) est plutôt une question de difficulté technique, et de langage. N’est pas Claire Désert qui veut ; laquelle sait, au nœud d’un programme extrêmement ardu, articuler sans effort apparent les spasmes et écarts effrayants d’une pièce justement qualifiée de diabolique. On a dit Alkan sauvage. C’est faux : il appartint aux cercles de George Sand et Victor ...

Georges Pludermacher, un sphinx à l’Orangerie de Bagatelle

Georges Pludermacher est un élève dissipé, qui commence par la bagatelle avant de se consacrer à l’étude - forme prisée à l’époque (Liszt, Kalkbrenner et autres) ; Chopin, en maître des lieux, s’arroge naturellement la meilleure part de chacun des deux domaines. Ses mazurkas, réminiscences d’exil, dont l’essence dansante et légère est admirablement rendue par l’artiste (rubato, style chaloupé, contrastes de dynamiques), trouvent aussi chez lui leur constante ambivalence de couleur. Rare ...

Christophe Rousset et le Mausolée de Couperin

Comédie des Champs-Elysées C’est au prolifique et versatile fondateur des Talens Lyriques que revenait l’honneur de clôturer le très beau cycle de clavecin 2000-2001 initié par Jeanine Roze. Alors que la Cité de la Musique programmait, il y a peu, les vingt-sept Ordres de François Couperin, Christophe Rousset proposait une soirée alternant certains d’entre eux avec des pièces de son oncle Louis. Au sein d’une discographie déjà pléthorique, l’interprète a souvent servi ...

Etat de Grace pour Bumbry au Châtelet

Pour paraphraser un titre célèbre, la nostalgie n’est plus ce qu’elle était - du moins en ce qui concerne Grace Bumbry ! Là où beaucoup attendaient avec indulgence un récital soigné et paisible, sans surprise, précédant un départ inévitable vers une retraite très méritée, il se produisit ce que les amateurs de franglais nomment un « happening ». Quoi ? Cette Eboli sans égale, cette Carmen d’anthologie (le film de Karajan!), cette Vénus sulfureuse ...