Lieu : Paris

Guillaume Tell victime d’un trait américain

Guillaume Tell victime d’un trait américain

Bruno Campanella / Francesca Zambello Voilà près de trois quarts de siècle que Guillaume Tell de Rossini avait disparu de l’affiche de l’Opéra de Paris pourtant commanditaire de l’ouvrage. Le compositeur italien, qui, avec cette partition, ouvrait la voie au grand opéra à la française, genre dans lequel allaient s’illustrer les Meyerbeer, Halévy, Auber, et jusqu’à Verdi avec Don Carlos, signait avec Guillaume Tell son dernier opéra. Jouée cinquante-six fois dans ...

Erotisme mystique

Le traditionnel week-end de concerts gratuits de Radio-France était consacré ce mois-ci aux « Figures érotiques ». Ainsi avons-nous pu poursuivre notre parcours initiatique de curiosités toutes aussi réjouissantes que diverses avec, notamment, la Carmen-suite de Rodion Chédrine et deux opéras en version concert, Sancta Susanna de Paul Hindemith et Le Rêve d’Alfred Bruneau (voir pour ce dernier ouvrage l’article de Maxime Kaprielan). Le compositeur russe Rodion Chédrine (1932) est également ...

Requiem de la reine de Carthage, Didon veuve d’Enée

Emmanuelle Haïm / Susan Graham Clin d’œil à l’année Berlioz, le Théâtre des Champs-Elysées a proposé début mars les Troyens vus par Henry Purcell. A la différence de l’épopée fleuve du compositeur français à la durée parsifalienne, l’opéra de son aîné britannique est un drame concis au souffle continu. Il n’en est pas moins dense, riche d’un expressionnisme radieux. Bien plus, Purcell invente avant Wagner l’opéra moderne, la mélodie continue héritée ...

Berlioz et Shakespeare : Rencontre au Sommet

Bicentenaire oblige, Mogador affrète une « Berlioziade » de première grandeur en offrant deux raretés relatives avec, pour Deus ex machina, le prolifique dramaturge anglais. Ce dernier peut se flatter d’avoir inspiré des compositeurs aux esthétiques aussi antagoniques que Mendelssohn, Britten, Korngold ; en passant par l’incontournable Verdi, Reimann - écouter son Roi Lear. Voire Bœsmans et Le Conte d’hiver. Ce ne sont là que de très épars exemples marqués du ...

Alcina Triumphans

Cette version de concert d’Alcina clôturait le cycle intitulé « Le Merveilleux » programmé par la Cité de la Musique du 17 janvier au 27 février 2003, et comportant des manifestations très variées : projections de films, concerts, forum, spectacles pour le jeune public. L’âge baroque a toujours été friand de merveilleux, en particulier à travers ses opéras, où l’on voit de preux chevaliers, errant dans des forêts enchantées, rencontrer de ...

Pascal Dusapin ou le Christ de fumée

James Conlon / Peter Mussbach Pour sa troisième création mondiale en six ans, l’Opéra de Paris a su réunir les suffrages. Perelà, Uomo di fumo de Pascal Dusapin (voir l’entretien avec le compositeur, Perelà, Uomo di fumo.) a en effet été chaleureusement accueilli, le compositeur faisant même l’objet d’une « standing ovation » digne d’une star. Dusapin, qui est à quarante-sept ans l’un des compositeurs les plus célébrés de sa génération, ...

Un vaudeville alla Rossini …

Antonino Fogliani / Jérôme Savary C’est toujours un plaisir sans mélange que de retrouver l’écrin de la Salle Favart, de plus pour un petit bijou comme Le Comte Ory, du grand Rossini, si rarement donné, alors que la scène parisienne n’est pas avare d’œuvres plus connues du maître de Pesaro comme Le Barbier de Séville, L’Italienne à Alger et Cenerentola - cette dernière n’est-elle pas programmée deux fois cette année ? Depuis 1828, ...

Puck et Titania à Leipzig …

Il s’agissait ce soir-là du concert de clôture du cycle consacré par Kurt Masur et l’Orchestre National de France à Felix Mendelssohn. Déjà en 2002, lors de son arrivée à la tête de l’Orchestre National de France, le chef allemand avait eu une initiative similaire en dirigeant une intégrale des symphonies de Ludwig van Beethoven. Felix Mendelssohn, cet « enfant béni des dieux », dont la vie fut plutôt courte, mais féconde, est ...

Les Envoûtements Symphoniques ou itinéraire de Mandarins Merveilleux

Festival Présences 2003 La Musique Contemporaine traîne encore après elle une réputation d’esthétique singulière réservée à une élite ou caste d’une engeance non moins singulière, se délectant de sons tortueux, triturés, torturés. En génial visionnaire, Offenbach lui-même, avec son musicien de l’avenir, a stigmatisé les dérives, impostures et autres charlataneries prétentieuses, lesquelles malheureusement accaparent certains cénacles festivaliers prestigieux. Ainsi l’on peut citer Manca cru 2001, à la sidérante thématique sidérale, construite ...

Reinhard Gœbel, Anne Sofie von Otter : Lamenti

Lamento, ma non troppo... N’être qu’une plainte dans la bouche de l’aimée, cela aussi est merveilleux. Schiller – « Nänie » A priori le programme annoncé avait de quoi séduire, puisqu’il présentait, quasiment sur deux siècles, une sorte de panorama en raccourci du baroque européen, de Monteverdi à Vivaldi en passant par Purcell - avec de surcroît un choix d’idiomes variés (allemand, anglais, italien). Son intitulé « Lamenti » annonçait la tonalité générale de la soirée, ...

Geneviève De Brabant ou Wagner et Weber du côté des Monty Python…

Benjamin Lévy / Stéphan Druet On ne peut que saluer l’heureuse initiative du Théâtre de l’Athénée d’avoir programmé en cette période dite « des fêtes », finalement assez morose, ce petit bijou méconnu qu’est Geneviève de Brabant. Créée en 1859, un an après Orphée aux Enfers, cette œuvre a, pendant seize ans, été remaniée plusieurs fois par son auteur : version définitive en 1867, puis troisième version en 1875, au demeurant moins réussie. Cette fois, abandonnant ...

Le combat avec le Démon, ou l’Enfer peut attendre

Le Diable à l’opéra : les abîmes de la possession, le côté sombre de l’âme humaine prompte à pactiser avec le Mal qui la taraude…une thématique « d’enfer », un créneau porteur qui dope les théâtres lyriques. Cependant, il est permis de le ranger dans deux catégories, les Lucifers illustres – et les autres, plus obscurs, que les capricieux hasards de la destinée ont relégué dans l’ombre. Dans la première, l’on identifiera sans peine ...

Onéguine et Tatiana

Second avatar des échanges de la saison 2002-2003 entre les Théâtres du Châtelet à Paris et Mraviinski à Saint-Pétersbourg, ce dernier proposait sur la scène parisienne une nouvelle production d’Eugène Onéguine étrennée en août dernier en Russie, qui accueillera bientôt à son tour celle du Démon donnée en alternance au Châtelet. Réalisé par Patrice Caurier et Moshe Leiser, ce spectacle souligne les mérites d’un théâtre de troupe. Car il résulte ...

Le Diable amoureux

Valeri Gergiev / Lev Dodine C’est sur un ouvrage rare qu’a commencé l’an neuf au Théâtre du Châtelet dans le cadre de sa Saison Russe. Le Démon d’Anton Rubinstein (1829-1894) n’avait en effet été présenté pour la première et dernière fois en France en 1911, Théâtre Sarah-Bernhardt qui fait incidemment face au Châtelet. Rubinstein était un immense pianiste qui fit une carrière de légende, comparable à celle de Liszt et de ...

Cuisine et Sentiments

Alan Gilbert / Emanuel Ax Ce premier concert du week-end Radio-France sur les « Figures Sentimentales » comprenait un événement particulier avec la création française du récent concerto pour piano et orchestre du compositeur polonais Krzysztof Penderecki (né en 1933) Penderecki fait partie de ces musiciens européens comme Arvo Pärt ou Henryk Gorecki qui, après avoir été plutôt dans la mouvance de l’avant-garde musicale dans les années 1960, ont progressivement remodelé leur style vers ...

… Ou comment avoir vingt ans ouvre la porte à l’éternité …

Mark Minkowski / Les Musiciens du Louvre « Rameau est la récompense de notre fatigue et l’un de nos plus chers étonnements ». Jacques Rivière – « Etudes » (1909) Le 20 mars 1982, en l’Eglise Saint-Merry à Paris, un nouvel ensemble, les Musiciens du Louvre, donnait un premier concert, sous la direction de Marc Minkowski, avec des concertos de Bach, Haendel et Vivaldi. Depuis, que de chemin parcouru, concerts et enregistrements à la clé, jusqu’à l’installation à ...

Jules César à l’épreuve de la scène, petit bilan en forme d’étude …

A l’issue des représentations plus ou moins chaotiques du Palais Garnier, terminées déjà depuis la mi-octobre et à présent que l’enregistrement réalisé fin novembre à Vienne pour DG est désormais « en boite » il n’est sans doute pas inutile de songer au bilan de ce Jules César, d’autant plus qu’après l’Ariodante d’avril mai 2001, Marc Minkowski retrouvait Haendel, avec à priori, des conditions scéniques plus sereines. En effet, il s’agissait d’une reprise ...

Martinů surréaliste, Larmes de couteau et Alexander Bis

Jean-Luc Tingaud / Matthew Jocelyn C’est sur les Larmes de Couteau que s’est ouvert le spectacle Bohuslav Martinů donné le week-end dernier Théâtre de l’Athénée à Paris et présenté par l’Atelier lyrique du Rhin à Colmar. Une soirée mise en scène par le directeur de cette institution rattachée à l’entité Opéra du Rhin, Matthew Jocelyn, dont la thématique commune est le dynamitage des conventions amoureuses et la quête poétique de l’inconscient. ...

Pura siccome un’Angelina

Jérôme Savary / Carlo Rizzi Le célèbre conte de Perrault a inspiré – pour l’opéra – deux Musiciens d’esthétique radicalement antagoniste, Gioachino Rossini et Jules Massenet. Si ce dernier a insisté sur la dimension féérique, voire fantastique, en écrivant une parabole tendre et nostalgique sur le thème de l’Enfance ; le Pésarais, quant à lui, a jonglé savamment (comme Savary) avec les éléments serio et buffo. Encore une perle rossinienne à l’Opéra ...

Ma femme s’appelle Martinů

Matthew Jocelyn / Jean-Luc Tingaud Nous voici tout juste remis de l’entrée au répertoire parisien de « Juliette ou la Clé des Songes » que Bohuslav Martinů revient deux semaines plus tard et à deux pas de l’Opéra Garnier, sur la scène du Théâtre de l’Athénée, avec deux courts ouvrages : « Les Larmes de Couteau » et « Alexandre Bis ». De même que « Juliette », adaptée de la pièce de Georges Neveu, ces deux opéras de la ...

Rien que pour nos yeux !

N. Rimski-Korsakov, Le Coq d’or Voilà dix-huit ans, le Théâtre du Châtelet, qui portait alors le nom de Théâtre Musical de Paris, programmait une Saison Russe sur le modèle de celle que la même salle avait connu en 1909 sous les auspices de Serge de Diaghilev. Les deux rendez-vous phares avaient été La Khovanstchina de Moussorgski mise en scène par Pier Luigi Pizzi et Le Coq d’or de Rimski-Korsakov mis en ...

Une « Femme sans Ombre » à voir yeux fermés et oreilles grandes ouvertes.

R. Strauss, Die Frau ohne Schatten Ecrit avant les événements qui entraînèrent la dilution de l’empire austro-hongrois, resté dans les cartons du compositeur durant le premier conflit mondial jusqu’à sa création à l’Opéra de Vienne en 1919, Die Frau ohne Schatten (« La Femme sans Ombre ») n’est pas le plus joué et le plus directement accessible des opéras de Richard Strauss. Il s’agit pourtant de l’œuvre centrale du compositeur bavarois, celle vers ...

François Chat & Fred Frith : « Setaccio »

Il s’agit d’un spectacle rare, hors normes, étrange, précieux, particulier, subtil, raffiné, surprenant, profondément poétique, difficile à placer dans une catégorie, en un mot « inclassable ». Est-ce de la danse, du théâtre, du cirque, du mime ? On ne sait... C’est un peu tout cela et bien d’autres choses encore... Ce qui est sûr, c’est que la musique y est omniprésente et forte : parfois les bruits de la ville, quelques chants siciliens, des ...

Les fresques sonores d’Ashkenazy

Orchestre de la Philharmonie Tchèque La venue du mythique orchestre de la Philharmonie Tchèque est l’un des temps fort de cette année culturelle franco-tchèque. Cette phalange prestigieuse, qui a vu défiler Vaclav Talich, Rafael Kubelik ou encore Charles Mackerras, actuellement dirigée par Vladimir Ashkenazy, est venue donner une série de concerts à la Cité de la Musique. Au programme de cette deuxième prestation : une œuvre du plus francophile des compositeurs tchèques, ...

Bohuslav Martinů « Juliette ou la clé des songes »

Marc Albrecht / Richard Jones Ecrit sur un livret en langue française adapté par le compositeur lui-même d’une comédie de Georges Neveux, écrivain français proche du mouvement surréaliste, traduit en tchèque, toujours par le compositeur, en vue de la création à l’Opéra National de Prague en 1938, Juliette ou la Clé des songes de Bohuslav Martinů vient de faire son entrée à l’Opéra de Paris dans une version française adaptée du ...

Les affinités électives de la Suède et de l’Europe centrale…

Alan Gilbert / Nicolaj Znaider Il en est des grands orchestres comme du reste : les meilleurs ne sont pas forcément ceux dont on parle le plus.. L’orchestre Royal Philharmonique de Stockholm, placé sous la baguette d’Alan Gilbert, chef principal et directeur artistique de l’orchestre depuis le 1er janvier 2000, l’a démontré de manière éclatante, ce soir-là, à Pleyel... Depuis sa fondation en 1902 - l’orchestre célèbre son centenaire cette année - cette phalange ...

Moussorgski, « Boris de Marbre »

James Conlon / Francesca Zambello C’est non pas la version originale de 1869 de Boris Godounov ni les révisions de Rimski-Korsakov ou de Chostakovitch qu’a retenues l’Opéra Bastille, mais celle que Moussorgski réalisa lui-même en 1872, dans laquelle sont en outre réintégrés des éléments de la version 1869, avec la scène de Saint-Basile. Ainsi, l’œuvre atteint une dimension épique et humaine particulièrement bouleversante, soulignée par l’orchestration volontairement mal dégrossie, que d’aucuns ...

James MacMillan & Thierry Escaich : L’Orchestre de Bretagne à la Maison de Radio France.

Programme très séduisant de l’Orchestre de Bretagne à la Maison de Radio France : mélange deux jeunes compositeurs actuels, Escaich et MacMillan, à un « classique » du 20ème siècle, Britten, dans deux de ses œuvres de jeunesse les plus réjouissantes. C’est James MacMillan lui-même qui dirigeait l’orchestre venu se produire à Paris. Mais ce concert a surtout été l’opportunité d’entendre l’une des toutes dernières œuvres de Thierry Escaich : son concerto pour trompette ...

La Petite renarde rusée aux Champs-Elysées

Habitué à un répertoire plus conventionnel en matière d’art lyrique, le public du Théâtre des Champs-Elysées s’est fait plutôt discret pour l’ouverture de la saison avec cette Petite renarde rusée, chef d’œuvre de Leoš Janáček trop rarement représenté. La salle aux trois quarts pleine n’a guère franchement applaudi un spectacle qui, de la direction musicale à la direction scénique, était de grande qualité. André Engel réussi à mêler animaux et ...

Les contes du diable

Offenbach « Les Contes d’Hoffmann » Pour l’ouverture de la saison de la salle de la Bastille, l’Opéra de Paris a repris la production des Contes d’Hoffmann d’Offenbach proposée par Robert Carsen en mars 2000. Après trente mois, la vision du metteur en scène canadien apparaît plus intelligente encore qu’à l’origine, même si on y relève toujours quelque trivialité, principalement dans la scène d’Olympia. Présent sur le plateau avant même que ...