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Scala de Milan : un gala de la Saint-Ambroise pas comme les autres

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Milan. Teatro alla Scala. 7-XII-2020. Giuseppe Verdi (1813-1901) : prélude, « Cortigiani vil razza dannata » et « La donna è mobile » extraits de Rigoletto ; « Ella giammai m’amò », « Per me giunto » et « O don fatale » extraits de Don Carlo ; « Morrò, ma prima in grazia », « Eri tu » et « Ma se m’è forza perderti » extraits de Un ballo in maschera ; « Credo » extrait de Otello ; suite de ballet. Gaetano Donizetti (1797-1848) : « Regnava nel silenzio » extrait de Lucia di Lammermoor ; « So anch’io la virtù magica » extrait de Don Pasquale ; « Una furtiva lacrima » extrait de L’elisir d’amore. Giacomo Puccini (1858-1924) : « Tu, tu piccolo Iddio » et « Un bel dì vedremo » extraits de Madama Butterfly ; « Signore ascolta » et « Nessun dorma » extraits de Turandot ; « E lucevan le stelle » extrait de Tosca. Richard Wagner (1813-1883) : « Winterstürme » extrait de Die Walküre. Georges Bizet (1838-1875) : prélude, « Habanera » et « La fleur que tu m’avais jetée » extraits de Carmen. Jules Massenet (1842-1912) : « Pourquoi me réveiller » extrait de Werther. Umberto Giordano (1867-1948) : « Nemico della patria » et « La mamma morta » extraits de Andrea Chenier. Gioachino Rossini (1792-1868) : « Tutto cangia » extrait de Guglielmo Tell. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : extrait de Casse-Noisette. Erik Satie (1866-1925) : ballet. Davide Dileo, dit Boosta (né en 1974) : «Waves ». Mise en scène : David Livermore, Giò Forma. Scénographie digitale : D-WOK. Costumes : Gianluca Falaschi. Lumière : Marco Filibeck. Chorégraphies : Manuel Legris, Rudolf Noureïev et Massimiliano Volpini. Avec Roberto Bolle, Nicoletta Manni, Martina Arduino, Virna Toppi, Timofej Andrijashenko, Claudio Coviello, Marco Agostino et Nicola Del Freo, danseurs ; Eleonora Buratto, Rosa Feola, Aleksandra Kurzak, Camilla Nylund, Kristine Opolais, Lisette Oropesa, Marina Rebeka et Sonya Yoncheva, sopranos ; Marianne Crebassa et Elina Garanča, mezzo sopranos ; Roberto Alagna, Piotr Beczala, Benjamin Bernheim, Juan Diego Flórez, Vittorio Grigolo, Francesco Meli et Andreas Schager, ténors ; Carlos Álvarez, Placido Domingo, George Petean, Luca Salsi et Ludovic Tézier, barytons ; Ildar Abdrazakov et Mirko Palazzi, basses. Chœur et Orchestre du Teatro alla Scala, direction : Riccardo Chailly
Spectacle enregistré sans public et diffusé sur la Rai et Arte Concert

Soirée de stars pour cette nouvelle ouverture de saison scaligère. Pas sûr cependant qu’un concert en images, aussi élaboré et sophistiqué soit-il, puisse un jour remplacer la magie de la scène.

ScalaLe traumatisme vécu par le monde lyrique lors de la crise du coronavirus de 2020 aura-t-elle conduit à la mise en place de nouveaux modes de diffusion de l’opéra ? On pourrait le penser après avoir visionné le superbe gala d’ouverture de la Scala. Quand on pense aux conditions artisanales dans lesquelles avait été diffusé le At Home-Gala du Met le 25 avril dernier, on mesure à la vue de ce spectacle léché et peaufiné tous les pouvoirs d’imagination et de créativité qui ont donné lieu à un événement dont on a du mal à croire, tant il est élaboré et sophistiqué, qu’il a pu être enregistré en direct. L’orchestre de la Scala, au grand complet, est réparti dans la salle, vidée pour la circonstance de tous ses fauteuils. Les chanteurs se succèdent un à un sur un plateau élégamment scénographié. Une structure faite de planches posées sur une surface évoquant un bassin crée, grâce à l’aide de la caméra, des effets visuels tout à fait surprenants. Les séquences lyriques sont entrecoupées de passages parlés au cours desquels divers comédiens et personnalités de la vie culturelle italienne se livrent à des réflexions sur le sens de la vie, de la mort, sur les aspects sociétaux que nous traversons aujourd’hui et dont l’opéra, finalement, n’est qu’une émanation subtile. Des considérations sur la culture, sur nos valeurs, sur nos idéaux et sur la place du genre lyrique dans nos vies. Le choix des airs interprétés se veut comme une illustration des principes ainsi rappelés. Les extraits des opéras comiques de Donizetti sont ainsi mis en relation avec tout ce que le cinéma italien doit à l’opéra, et vice-versa. L’héroïsme, l’espérance, les relations hommes-femmes ou dominants-dominés sont autant de thèmes qui ont nourri la création lyrique depuis les débuts de l’opéra, et qui continuent à nourrir nos vies.

Dans sa structure, ce gala de la Saint-Ambroise (patron de Milan) n’est pas très différent des traditionnels défilés de stars dont nous sommes depuis longtemps familiers. Le luxe de l’affiche, d’ailleurs, donne le vertige et l’on se désole presque de savoir que tous ces grands noms du firmament lyrique ne sont pas pris ailleurs par d’autres engagements. Seuls et étaient programmés pour la Lucia di Lammermoor initialement prévue pour cette ouverture de la Scala. Et si les artistes défilent tous en costume de soirée – smoking pour les messieurs, réalisation haute couture pour les dames –, la scénographie digitale due à la compagnie D-WOK varie selon les scènes, allant parfois jusqu’à évoquer le contexte des différentes intrigues. Alagna chante « E lucevan » devant des vues de Rome et du château Saint-Ange, interprète son air du Bal Masqué dans un bureau digne de la Maison Blanche, et Sonia Yoncheva chante « La mamma morta » sur fond de scènes révolutionnaires évoquant Delacroix. Toutes les créations n’ont pas la même force, la même beauté ou la même cohérence, à l’image de la scène du puits de Lucia di Lammermoor, suggérée par des mouvements de vagues devant quelques personnages effectuant d’assez déroutantes cabrioles. Certaines scènes sont d’une beauté à couper le souffle, comme par exemple celles tirées d’un Don Carlo situé au XIXᵉ siècle, dans un train traversant à toute vitesse un paysage de rêve, entièrement enneigé. Les références à Fellini lors des extraits de Don Pasquale et de L’elisir redonnent toutes leurs lettres de noblesse à ces deux ouvrages souvent malmenés par la tradition. Elles rappellent au passage l’insondable richesse de la culture italienne, et tout ce que nous pourrions perdre si une tragédie comme celle que nous vivons encore aujourd’hui devait être amenée à se pérenniser.

Si l’on est époustouflé par la performance technique et artistique de ces réalisations scénographiques, on l’est encore plus par la qualité vocale et musicale de la soirée. Partiellement caché derrière son masque, peu montré par la caméra, veille au grain, à la tête d’un des plus beaux orchestres d’opéra du monde. Sans doute pour des raisons de distanciation physique, le chœur de la maison aura été peu sollicité pour cette soirée. Les solistes sont à la hauteur de leur réputation, et il serait vain de les mentionner tous. On aura du mal, cependant, à oublier les trois stars de Don Carlo. Si et rivalisent de legatissimo, Elina Garanča impressionne plus encore par la puissance et la véhémence de son chant. On veut les voir dans une vraie mise en scène, c’est notre exigence ! Autres moments de grâce, les interventions de Flórez en Nemorino et de Bernheim en Werther. On le voit, les stars confirmées alternent avec les vedettes de demain, occasion pour le grand public de mieux faire connaissance avec , ou .

Un concept à développer ? A vrai dire, en dépit des divers bonheurs rencontrés, on ne le souhaite pas vraiment. L’opéra, on nous l’a suffisamment dit et répété au cours de la soirée, est un reflet de la vraie vie. Pour nous enthousiasmer et nous emporter, il y a besoin de la magie du théâtre et du spectacle vivant, mais vivant pour de vrai !

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Milan. Teatro alla Scala. 7-XII-2020. Giuseppe Verdi (1813-1901) : prélude, « Cortigiani vil razza dannata » et « La donna è mobile » extraits de Rigoletto ; « Ella giammai m’amò », « Per me giunto » et « O don fatale » extraits de Don Carlo ; « Morrò, ma prima in grazia », « Eri tu » et « Ma se m’è forza perderti » extraits de Un ballo in maschera ; « Credo » extrait de Otello ; suite de ballet. Gaetano Donizetti (1797-1848) : « Regnava nel silenzio » extrait de Lucia di Lammermoor ; « So anch’io la virtù magica » extrait de Don Pasquale ; « Una furtiva lacrima » extrait de L’elisir d’amore. Giacomo Puccini (1858-1924) : « Tu, tu piccolo Iddio » et « Un bel dì vedremo » extraits de Madama Butterfly ; « Signore ascolta » et « Nessun dorma » extraits de Turandot ; « E lucevan le stelle » extrait de Tosca. Richard Wagner (1813-1883) : « Winterstürme » extrait de Die Walküre. Georges Bizet (1838-1875) : prélude, « Habanera » et « La fleur que tu m’avais jetée » extraits de Carmen. Jules Massenet (1842-1912) : « Pourquoi me réveiller » extrait de Werther. Umberto Giordano (1867-1948) : « Nemico della patria » et « La mamma morta » extraits de Andrea Chenier. Gioachino Rossini (1792-1868) : « Tutto cangia » extrait de Guglielmo Tell. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : extrait de Casse-Noisette. Erik Satie (1866-1925) : ballet. Davide Dileo, dit Boosta (né en 1974) : «Waves ». Mise en scène : David Livermore, Giò Forma. Scénographie digitale : D-WOK. Costumes : Gianluca Falaschi. Lumière : Marco Filibeck. Chorégraphies : Manuel Legris, Rudolf Noureïev et Massimiliano Volpini. Avec Roberto Bolle, Nicoletta Manni, Martina Arduino, Virna Toppi, Timofej Andrijashenko, Claudio Coviello, Marco Agostino et Nicola Del Freo, danseurs ; Eleonora Buratto, Rosa Feola, Aleksandra Kurzak, Camilla Nylund, Kristine Opolais, Lisette Oropesa, Marina Rebeka et Sonya Yoncheva, sopranos ; Marianne Crebassa et Elina Garanča, mezzo sopranos ; Roberto Alagna, Piotr Beczala, Benjamin Bernheim, Juan Diego Flórez, Vittorio Grigolo, Francesco Meli et Andreas Schager, ténors ; Carlos Álvarez, Placido Domingo, George Petean, Luca Salsi et Ludovic Tézier, barytons ; Ildar Abdrazakov et Mirko Palazzi, basses. Chœur et Orchestre du Teatro alla Scala, direction : Riccardo Chailly
Spectacle enregistré sans public et diffusé sur la Rai et Arte Concert

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