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La Scène

Les Envoûtements Symphoniques ou itinéraire de Mandarins Merveilleux

Festival Présences 2003 La Musique Contemporaine traîne encore après elle une réputation d’esthétique singulière réservée à une élite ou caste d’une engeance non moins singulière, se délectant de sons tortueux, triturés, torturés. En génial visionnaire, Offenbach lui-même, avec son musicien de l’avenir, a stigmatisé les dérives, impostures et autres charlataneries prétentieuses, lesquelles malheureusement accaparent certains cénacles festivaliers prestigieux. Ainsi l’on peut citer Manca cru 2001, à la sidérante thématique sidérale, construite ...

Le Capitole se paie Lulu

Günter Neuhold / Pet Halmen Toulouse, ville réputée du Bel Canto, affichait, jusqu’à il y a peu, une programmation lyrique des plus classiques, un peu trop classique même, parfois. Mais, ces dernières années, Peter Grimes, la Tétralogie, ou cet opéra de Berg semblent marquer une volonté de renouvellement fort bien venue. Aussi est-ce avec une grande curiosité que l’on attendait cette Lulu, d’autant que Pet Halmen avait déjà réussi à Toulouse ...

Arabellissima !

Dietfried Bernet / Brigitte Fassbaender Mise en scène par Brigitte Fassbaender et fabuleusement dirigée par un spécialiste de la musique viennoise (Dietfried Bernet), la nouvelle production d’Arabella à l’Opéra du Rhin réunit tous les talents et restera dans les annales. Vienne est sur le déclin en 1860, bien que l’empereur n’en soit pas encore conscient. Ses défaites militaires passées et à venir marquent la fin de l’hégémonie autrichienne. C’est à cette période ...
Pavane pour une infante des feintes, ou le double festin d’Alexandre

Pavane pour une infante des feintes, ou le double festin d’Alexandre

Markus Stenz / Andreas Homoki Il serait temps de rétablir définitivement Alexander von Zemlinsky (1871-1942), le quatrième Viennois dans ses prérogatives de musicien à part entière ; à coté de Berg, Webern et Schönberg. D’ailleurs, ce dernier étudia avec lui la composition, et prôna ardemment la redécouverte de ce génie protéiforme - pédagogue renommé, chef d’orchestre et prodigieux coloriste, poète des sons et des couleurs instrumentales. Zemlinsky est encore éclipsé de nos ...

Reinhard Gœbel, Anne Sofie von Otter : Lamenti

Lamento, ma non troppo... N’être qu’une plainte dans la bouche de l’aimée, cela aussi est merveilleux. Schiller – « Nänie » A priori le programme annoncé avait de quoi séduire, puisqu’il présentait, quasiment sur deux siècles, une sorte de panorama en raccourci du baroque européen, de Monteverdi à Vivaldi en passant par Purcell - avec de surcroît un choix d’idiomes variés (allemand, anglais, italien). Son intitulé « Lamenti » annonçait la tonalité générale de la soirée, ...

Geneviève De Brabant ou Wagner et Weber du côté des Monty Python…

Benjamin Lévy / Stéphan Druet On ne peut que saluer l’heureuse initiative du Théâtre de l’Athénée d’avoir programmé en cette période dite « des fêtes », finalement assez morose, ce petit bijou méconnu qu’est Geneviève de Brabant. Créée en 1859, un an après Orphée aux Enfers, cette œuvre a, pendant seize ans, été remaniée plusieurs fois par son auteur : version définitive en 1867, puis troisième version en 1875, au demeurant moins réussie. Cette fois, abandonnant ...

Sa Staatskapelle de Berlin

Daniel Barenboïm Fortement impressionné et ému d’avoir reçu le prix de la tolérance le jour précédent, Daniel Barenboïm était manifestement en forme lors de son concert à Baden Baden. Conduisant la 4ème de Schumann et l’inusable 1ère de Brahms, il a donné au mot classique de vraies lettres de noblesse… L’attaque de la 4ème est franche, ample et situe d’emblée le Schumann de Barenboïm : sobre et chaleureux, romantique et construit. Sans rentrer ...

Le combat avec le Démon, ou l’Enfer peut attendre

Le Diable à l’opéra : les abîmes de la possession, le côté sombre de l’âme humaine prompte à pactiser avec le Mal qui la taraude…une thématique « d’enfer », un créneau porteur qui dope les théâtres lyriques. Cependant, il est permis de le ranger dans deux catégories, les Lucifers illustres – et les autres, plus obscurs, que les capricieux hasards de la destinée ont relégué dans l’ombre. Dans la première, l’on identifiera sans peine ...

Le Diable amoureux

Valeri Gergiev / Lev Dodine C’est sur un ouvrage rare qu’a commencé l’an neuf au Théâtre du Châtelet dans le cadre de sa Saison Russe. Le Démon d’Anton Rubinstein (1829-1894) n’avait en effet été présenté pour la première et dernière fois en France en 1911, Théâtre Sarah-Bernhardt qui fait incidemment face au Châtelet. Rubinstein était un immense pianiste qui fit une carrière de légende, comparable à celle de Liszt et de ...

Onéguine et Tatiana

Second avatar des échanges de la saison 2002-2003 entre les Théâtres du Châtelet à Paris et Mraviinski à Saint-Pétersbourg, ce dernier proposait sur la scène parisienne une nouvelle production d’Eugène Onéguine étrennée en août dernier en Russie, qui accueillera bientôt à son tour celle du Démon donnée en alternance au Châtelet. Réalisé par Patrice Caurier et Moshe Leiser, ce spectacle souligne les mérites d’un théâtre de troupe. Car il résulte ...

Cuisine et Sentiments

Alan Gilbert / Emanuel Ax Ce premier concert du week-end Radio-France sur les « Figures Sentimentales » comprenait un événement particulier avec la création française du récent concerto pour piano et orchestre du compositeur polonais Krzysztof Penderecki (né en 1933) Penderecki fait partie de ces musiciens européens comme Arvo Pärt ou Henryk Gorecki qui, après avoir été plutôt dans la mouvance de l’avant-garde musicale dans les années 1960, ont progressivement remodelé leur style vers ...

Juliane Banse / Ingeborg Danz / Christoph Prégardien / Olaf Bär, la bande des quatre (plus deux).

Affiche de prestige à l’opéra du Rhin de Strasbourg, quatre chanteurs de haut rang accompagnés par des maîtres du clavier parfois envahissants ont exploré avec délice les méandres de Brahms, Schubert et Schumann. Qu’il est loin le temps de Gérald Moore et de sa géniale retenue ! Lui, et ceux de son école, se rappelaient un principe essentiel du lied : c’est la voix qui joue le premier rôle, le piano pose l’ambiance, ...

Pauvre Clown ?

Festspielhaus de Baden Baden A la tête d’un Orchestre de la Radio de Stuttgart qui prend peut-être son mal en patience, Sir Roger Norrington a donné son concert de la Saint-Sylvestre à Baden Baden pour y exécuter Beethoven... pourtant entouré de l’affection des siens! Grimaces, gesticulations et positionnement hors normes étaient au programme de ce « couronnement de l’ego » « Cet homme est un âne » avait dit un musicien de Cleveland ...

… Ou comment avoir vingt ans ouvre la porte à l’éternité …

Mark Minkowski / Les Musiciens du Louvre « Rameau est la récompense de notre fatigue et l’un de nos plus chers étonnements ». Jacques Rivière – « Etudes » (1909) Le 20 mars 1982, en l’Eglise Saint-Merry à Paris, un nouvel ensemble, les Musiciens du Louvre, donnait un premier concert, sous la direction de Marc Minkowski, avec des concertos de Bach, Haendel et Vivaldi. Depuis, que de chemin parcouru, concerts et enregistrements à la clé, jusqu’à l’installation à ...

Brouillard anglais.

On ne pouvait que se réjouir d’entendre ce très beau programme de musique anglaise, maintenant relativement popularisée par l’enregistrement mais encore trop rarement représentée en concert dans les salles françaises, d’autant que la présence de Yan-Pascal Tortelier, directeur de l’orchestre d’Ulster puis de l’Orchestre philharmonique de la BBC, semblait une caution solide. La Fantaisie sur un thème de Tallis de Vaughan-Williams, l’un de ses premiers chefs-d’œuvre, est à bien des égards ...

Coup de maître pour la première œuvre religieuse

Suzanne Giraud Pour sa première œuvre d’inspiration religieuse, Suzanne Giraud a mis en musique le Prologue de l’Evangile selon saint Jean. Ce passage célèbre lui avait été soumis par le théologien Jean-Louis Hoffet, membre du conseil de l’association Noël en Alsace commanditaire de la partition. Particulièrement beau et fort en soi, ce texte n’avait pourtant jamais été mis en musique, du moins dans la totalité de ses versets connus les plus ...

Festival de pianistes accompagnés

Fedor Glushchenko / John Lill / Josep Colom Deux grandes pointures du clavier sont récemment venues se produire à Strasbourg. John Lill et Josep Colom se sont illustrés dans Grieg et Prokofiev sous la direction de chefs charismatiques. Leif Segerstam dirigeait John Lill dans son style aussi emphatique que sa personne. C’est que le bouillant chef du Nord semble sorti d’un Astérix et présente un physique de Viking touchant et imposant. Avant ...

Jules César à l’épreuve de la scène, petit bilan en forme d’étude …

A l’issue des représentations plus ou moins chaotiques du Palais Garnier, terminées déjà depuis la mi-octobre et à présent que l’enregistrement réalisé fin novembre à Vienne pour DG est désormais « en boite » il n’est sans doute pas inutile de songer au bilan de ce Jules César, d’autant plus qu’après l’Ariodante d’avril mai 2001, Marc Minkowski retrouvait Haendel, avec à priori, des conditions scéniques plus sereines. En effet, il s’agissait d’une reprise ...

Martinů surréaliste, Larmes de couteau et Alexander Bis

Jean-Luc Tingaud / Matthew Jocelyn C’est sur les Larmes de Couteau que s’est ouvert le spectacle Bohuslav Martinů donné le week-end dernier Théâtre de l’Athénée à Paris et présenté par l’Atelier lyrique du Rhin à Colmar. Une soirée mise en scène par le directeur de cette institution rattachée à l’entité Opéra du Rhin, Matthew Jocelyn, dont la thématique commune est le dynamitage des conventions amoureuses et la quête poétique de l’inconscient. ...

Pura siccome un’Angelina

Jérôme Savary / Carlo Rizzi Le célèbre conte de Perrault a inspiré – pour l’opéra – deux Musiciens d’esthétique radicalement antagoniste, Gioachino Rossini et Jules Massenet. Si ce dernier a insisté sur la dimension féérique, voire fantastique, en écrivant une parabole tendre et nostalgique sur le thème de l’Enfance ; le Pésarais, quant à lui, a jonglé savamment (comme Savary) avec les éléments serio et buffo. Encore une perle rossinienne à l’Opéra ...

Ma femme s’appelle Martinů

Matthew Jocelyn / Jean-Luc Tingaud Nous voici tout juste remis de l’entrée au répertoire parisien de « Juliette ou la Clé des Songes » que Bohuslav Martinů revient deux semaines plus tard et à deux pas de l’Opéra Garnier, sur la scène du Théâtre de l’Athénée, avec deux courts ouvrages : « Les Larmes de Couteau » et « Alexandre Bis ». De même que « Juliette », adaptée de la pièce de Georges Neveu, ces deux opéras de la ...

Rien que pour nos yeux !

N. Rimski-Korsakov, Le Coq d’or Voilà dix-huit ans, le Théâtre du Châtelet, qui portait alors le nom de Théâtre Musical de Paris, programmait une Saison Russe sur le modèle de celle que la même salle avait connu en 1909 sous les auspices de Serge de Diaghilev. Les deux rendez-vous phares avaient été La Khovanstchina de Moussorgski mise en scène par Pier Luigi Pizzi et Le Coq d’or de Rimski-Korsakov mis en ...

Hoffmann à Hollywood

Jan Latham-Koenig / Adriano Sinivia Certains opéras se prêtent particulièrement bien à la transposition temporelle et supportent aisément d’être extraits de leur contexte historique. L’Opéra de Jacques Offenbach Les Contes d’Hoffmann est de ceux-là. La production de l’Opéra du Rhin intègre parfaitement cette donnée. Jean Pierre Furlan était doublé le soir de cette chronique, et son remplacement par un ténor italien qui lui prêta simplement la voix lui permit néanmoins de promener ...

Une « Femme sans Ombre » à voir yeux fermés et oreilles grandes ouvertes.

R. Strauss, Die Frau ohne Schatten Ecrit avant les événements qui entraînèrent la dilution de l’empire austro-hongrois, resté dans les cartons du compositeur durant le premier conflit mondial jusqu’à sa création à l’Opéra de Vienne en 1919, Die Frau ohne Schatten (« La Femme sans Ombre ») n’est pas le plus joué et le plus directement accessible des opéras de Richard Strauss. Il s’agit pourtant de l’œuvre centrale du compositeur bavarois, celle vers ...

Michael Tilson Thomas et la Symphonie n° 9 de Mahler

Michael Tilson Thomas et le London Symphony orchestra ont donné au Festspielhaus de Baden-Baden une Neuvième de Mahler proche de la perfection absolue sur le plan instrumental, à laquelle il ne manquait qu’un supplément d’âme pour entrer dans les annales. Soyons justes : dans le dernier mouvement, le chef américain atteignait au sublime, prenant la juste mesure d’une œuvre dont les prémonitions morbides sont bien connues du public et voulues par Mahler. ...

François Chat & Fred Frith : « Setaccio »

Il s’agit d’un spectacle rare, hors normes, étrange, précieux, particulier, subtil, raffiné, surprenant, profondément poétique, difficile à placer dans une catégorie, en un mot « inclassable ». Est-ce de la danse, du théâtre, du cirque, du mime ? On ne sait... C’est un peu tout cela et bien d’autres choses encore... Ce qui est sûr, c’est que la musique y est omniprésente et forte : parfois les bruits de la ville, quelques chants siciliens, des ...

« Ravel en fusion » (ou « Hélène et le glaçon »)

Hélène Grimaud / Yan-Pascal Tortelier On connaît le tempérament artistique très entier d’Hélène Grimaud, son jeu passionné et parfois extraverti, qui, s’il lui vaut des succès dans le répertoire romantique, n’était peut-être pas un sûr garant de sa réussite dans une musique aussi pudique et sobre que Ravel. Ravel, généralement peu loquace sur ses propres œuvres, a pourtant laissé quelques phrases fort intéressantes sur ce Concerto, dont il plaçait la composition sous ...

Les fresques sonores d’Ashkenazy

Orchestre de la Philharmonie Tchèque La venue du mythique orchestre de la Philharmonie Tchèque est l’un des temps fort de cette année culturelle franco-tchèque. Cette phalange prestigieuse, qui a vu défiler Vaclav Talich, Rafael Kubelik ou encore Charles Mackerras, actuellement dirigée par Vladimir Ashkenazy, est venue donner une série de concerts à la Cité de la Musique. Au programme de cette deuxième prestation : une œuvre du plus francophile des compositeurs tchèques, ...

Mahler brille de mille feux.

Michael Gielen Pour fêter les cinquante ans du Land de Bade-Wurtemberg, les forces vives de ce land allemand se sont réunies pour donner une Symphonie des mille de Mahler qui fera date dans l’histoire de cette œuvre. Ils n’étaient pas mille, mais près de cinq cents, tant il est vrai que le chiffre colossal et symbolique n’est jamais atteint pour cette œuvre. Après avoir écrémé les meilleurs éléments orchestraux et vocaux de ...

Bohuslav Martinů « Juliette ou la clé des songes »

Marc Albrecht / Richard Jones Ecrit sur un livret en langue française adapté par le compositeur lui-même d’une comédie de Georges Neveux, écrivain français proche du mouvement surréaliste, traduit en tchèque, toujours par le compositeur, en vue de la création à l’Opéra National de Prague en 1938, Juliette ou la Clé des songes de Bohuslav Martinů vient de faire son entrée à l’Opéra de Paris dans une version française adaptée du ...